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Boualem Sansal : les secrets d’un transfert explosif de Gallimard à Grasset

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01.04.2026

Beaucoup a été dit et écrit sur Boualem Sansal, mais c’est la première fois que le récit des tractations qui ont suivi sa libération des geôles algériennes en est fait avec tant de détails financiers, littéraires et humains. Et ce récit raconte au moins deux choses majeures. En premier lieu la dérive d’un écrivain qui, après les attentats jihadistes de 2015 à Paris, s’est mis à amalgamer islamisme et islam et qui, consciemment ou inconsciemment, s’est laissé happer par des mouvances proches de l’extrême droite. Ensuite les moyens colossaux déployés par un groupe, celui de Vincent Bolloré, prêt à tout pour asseoir son emprise sur le monde de l’édition et surtout, à travers lui, sur la politique française en misant sur le RN.

Sansal et Bolloré, ce sont deux récifs initialement très éloignés l’un de l’autre, l’un libre penseur anticapitaliste et antireligieux, l’autre industriel madré, chef de clan, catholique traditionaliste et très idéologisé, qui ont fini par se rapprocher au gré des soubresauts (géo)politiques, poussés par le souffle chaud de la rancœur et l’envie forcenée d’une place au soleil. Bien sûr, être jeté en prison pour avoir critiqué un régime est une épreuve que l’on ne souhaite à personne et l’on peut comprendre que Boualem Sansal n’en soit pas sorti indemne. Mais quand on lit tous les marchandages qui ont abouti à son départ de Gallimard, on saisit vite que l’on ne parle plus là de littérature. Il y avait dans cet écrivain affaibli et sans doute déboussolé par un an de captivité une faille béante, financière et sans doute narcissique, dans laquelle le groupe Bolloré s’est engouffré bille en tête, trop heureux de cette prise de guerre qui lui permettait non seulement de faire la nique à un concurrent mais aussi de rallier à sa cause un nom désormais mondialement connu. Reste les dégâts humains. On se souvient de la lettre ouverte publiée dans nos pages par l’éditeur historique de Sansal, Jean-Marie Laclavetine, poignante missive adressée à son «vieux Sachem». Ce n’était pas non plus de la littérature. Plutôt un chagrin d’amitié, comme l’on parle d’un chagrin d’amour.

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