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Sommes-nous déjà des Américains?

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17.03.2026

EXPERT INVITÉ. Depuis quelques mois, Donald Trump évoque avec un malin plaisir et un certain sarcasme l’idée que le Canada intègre les États-Unis. À chaque fois, les réactions fusent de toute part entre indignation, patriotisme et défense de notre souveraineté.

Je serais le premier, pour de multiples raisons, à ne jamais vouloir de cette alliance. Malgré tout, j’ai en tête une question plus que dérangeante et qui mérite d’être posée.

Ne sommes-nous pas déjà profondément Américains?

En toute transparence, le simple fait de poser la question me fait mal. Mais plutôt qu’enfouir ma tête dans le sable et refuser de voir la réalité, je préfère analyser le tout en profondeur.

Je ne pense pas qu’un pays doive se définir seulement par ses frontières. Selon le dictionnaire de l’Académie française, un pays est «une partie d’un territoire qu’on distingue en raison de diverses particularités, géographiques, historiques, humaines.»

En partant de cette définition un peu plus complète, j’ajouterais qu’un pays se définit aussi par plusieurs piliers qui agissent comme fondations principales, comme l’économie, la culture, la défense, la langue et l’identité et les habitudes de vie — l’alimentation, la mode et tout ce que l’on consomme au quotidien.

Plusieurs ont découvert au début de la guerre tarifaire que l’économie canadienne est probablement l’économie du monde la plus intégrée aux États-Unis. Avec un commerce bilatéral dépassant les 900 milliards de dollars (G$) annuellement, près de 4 milliards de produits et services traversant la frontière tous les jours, les États-Unis sont de loin notre partenaire commercial le plus important. Dans de nombreux secteurs comme l’automobile, l’aérospatiale, l’énergie, la technologie, les deux économies fonctionnent presque comme un seul système.

Malgré tous les efforts du monde et les bonnes intentions, force est d’admettre que le Canada ne pourrait tout simplement pas se passer de ce partenaire essentiel.

Bien qu’au Québec et ailleurs au pays des efforts titanesques sont déployés pour promouvoir et protéger notre identité culturelle, l’influence de nos voisins du sud est massive. Netflix, Disney, TikTok et Hollywood dominent largement notre imaginaire collectif. On écoute majoritairement les mêmes films et la même musique, on utilise les mêmes réseaux sociaux, on partage les mêmes vedettes, les mêmes tendances.

Plusieurs de nos références culturelles populaires viennent directement du sud de la frontière. Le Super Bowl, le Black Friday, le gala des Oscars font partie de la vie d’une grande majorité de Canadiens.

Et que dire de nos habitudes de vie. Bien que nous ayons des goûts légèrement différents pour certaines catégories d’aliments, il suffit de se promener dans n’importe quelle foire alimentaire ou de regarder l’offre de restauration le long des autoroutes pour nous apercevoir qu’une fois de plus, nos voisins influencent notre alimentation. Fast-food, portions XL, les grandes chaînes américaines sont omniprésentes sur tout notre territoire.

Idem pour la mode, pour notre dépendance à la voiture, notre consommation de masse, notre amour des centres commerciaux…

Militairement, malgré mon immense respect envers nos soldats et les Forces armées canadiennes, soyons clairs, c’est l’armée américaine qui nous protège. Sans elle, le Canada ne tiendrait pas un quart d’heure contre quelconques ennemis. Avec un budget d’environ 60 milliards de dollars (G$) pour sa défense, le Canada a fait le choix depuis 1958 de coopérer avec l’armée américaine via l’organisation binational NORAD, le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord. Pas vraiment le choix quand ton voisin investit plus de 1000 milliards de dollars américains annuellement pour sa défense!

Je pourrais continuer ainsi longtemps, mais je crois avoir fait mon point. Malgré tout, fort heureusement, certaines différences importantes demeurent. Une couverture santé universelle, une joute politique laïque et moins radicalisée (à date), un strict contrôle des armes à feu, une société généralement moins violente, davantage libérale et progressiste ainsi qu’un multiculturalisme plus ouvert.

Face à ce constat, à quel point peut-on être intégrés à un pays sans en faire partie? Car bien que le Canada soit un pays souverain, nous ne pouvons que constater notre forte ressemblance, voire quasi-dépendance envers les États-Unis.

Sur une note plus réjouissante, peut-être que la vraie particularité du Canada, celle dont on peut tous être fiers, n’est pas d’être très différents des États-Unis, mais d’être l’un des rares pays au monde à leur ressembler autant, tout en restant indépendant.


© Les Affaires