La dette cognitive: un risque qui émerge rapidement avec l’IA
EXPERT INVITÉ. L’intelligence artificielle accroit certainement la productivité de l’entreprise qui y a recours, mais elle s’accompagne d’un angle mort lourd de conséquences: la perte de connaissance.
On l’entend dans trop de comités de direction depuis dix-huit mois: «on va éliminer une partie des postes d’entrée et les remplacer par de l’intelligence artificielle». L’arithmétique de court terme est séduisante. La masse salariale baisse, la productivité affichée grimpe, les tâches répétitives semblent enfin résolues. Le tableau de bord de la direction financière pointe dans la bonne direction.
Un risque dont personne ne parle encore
La dette technique, tout dirigeant la connaît. Des couches de technologie qu’on accumule pour aller vite et qu’il faudra refaire un jour. La dette cognitive obéie à la même mécanique, mais appliquée au raisonnement et à la mémoire de l’entreprise. C’est l’écart qui se creuse, mois après mois, entre ce que votre organisation produit avec l’IA et ce qu’elle est encore capable d’expliquer, de vérifier, de questionner et de refaire sans elle.
Trois signes permettent de le voir clairement:
D’abord, l’effet boîte noire: quand l’IA se trompe, et ça va arriver, plus personne n’est capable de le détecter et d’expliquer ce qu’aurait dû être la bonne décision.
Ensuite, la perte de compétences: comme avec nos GPS, on arrive à destination, mais on n’est plus capable d’expliquer le chemin que nous avons emprunté, rendu à destination.
Enfin, l’illusion de compétence: le travail a l’air solide et crédible, mais personne n’est vraiment en mesure de le remettre en question.
Une étude menée par le Boston Consulting Group et l’Université de Californie à Riverside auprès de 1 488 travailleurs américains, publiée dans la Harvard Business Review en mars dernier, décrit ce phénomène sous le nom d’«AI brain fry»: 14% des répondants rapportent une fatigue mentale directement liée à l’usage intensif d’outils d’IA, avec brouillard cognitif et difficulté à prendre des décisions simples.
Le paradoxe de la vitesse
Prenons un exemple simple: un analyste, un dossier. Il y a trois ans, ce dossier prenait deux........
