IA: la crise de l’électricité va faire sauter la facture
EXPERT INVITÉ Les fournisseurs d’IA opèrent à perte. Les centres de données dévorent une électricité qui devient rare. Au Québec comme ailleurs, le vrai prix finira par s’afficher. Les organisations doivent évaluer ce risque financier maintenant.
Disons-le tout de suite: je fais partie de ceux qui pensent qu’une organisation qui ne déploie pas l’IA aujourd’hui prend un retard structurel qu’elle ne rattrapera pas. Le débat n’est plus si, il est sur le comment et à quel coût.
C’est précisément le «coût réel» qui me préoccupe. Parce que dans la majorité des analyses de rentabilité que je vois passer, on traite l’IA comme un logiciel. Un poste de coût stable, prévisible, qui suit la courbe descendante classique du logiciel en tant que Service (SaaS). C’est, à mon avis, une erreur. L’IA dépend directement d’une matière physique: l’électricité. Or, cette matière première, au Québec comme dans le reste du Canada, est déjà à sa limite.
Avant d’aller plus loin, il faut comprendre une chose: la puissance de calcul traditionnelle et celle de l’IA moderne ne jouent pas dans la même ligue.
Prenons une transaction numérique classique, la consultation d’une base de données, un appel d’interface de programmation d’application (API) ou le chargement d’une page web. C’est notre référence.
Une requête à un grand modèle de langage peut représenter environ dix fois cette charge. Un modèle de raisonnement avancé peut atteindre cent fois. Un processus agentique, qui enchaîne plusieurs appels à l’IA pour accomplir une tâche, peut facilement dépasser mille fois.
Le problème énergétique de l’IA ne provient donc pas d’une requête individuelle. Il provient de cet effet multiplicateur. Nous passons progressivement d’un monde à un monde où une part croissante des activités numériques mobilise des charges de calcul de dix, cent ou mille fois supérieures.
C’est ce changement d’échelle qui transforme l’IA en enjeu stratégique pour les infrastructures numériques et énergétiques. Ce n’est plus un service numérique. C’est une nouvelle catégorie de consommation industrielle qui s’ajoute, en quelques années, à un réseau électrique nord-américain déjà sous tension.
C’est dans ce contexte qu’il faut lire le signal envoyé par le gouvernement du Québec l’hiver dernier.
La fin de l’électricité à rabais pour l’IA
En janvier 2026, Québec a publié deux décrets qui changent les règles. Certains centres de données ne paieront plus l’électricité au tarif moyen (celui qui reflète le coût historique du parc hydroélectrique, largement amorti depuis des décennies) mais au coût des nouveaux approvisionnements, c’est-à-dire le prix réel qu’il en coûte aujourd’hui pour produire un kilowattheure supplémentaire (nouveaux barrages, parcs éoliens, importations, etc.).
Traduction pour votre organisation: Hydro-Québec reconnaît officiellement que l’électricité destinée à l’IA est devenue une ressource rare qu’on vendra au prix que le marché........
