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Dollarama: quand la fierté nationale devient un message d’exclusion potentiellement illégale

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06.04.2026

Un texte de Luis Augusto Silva, qui détient une maîtrise en administration des affaires (Université de Sherbrooke) et qui est directeur exécutif dans un important groupe agroalimentaire au Canada

LES IDÉES DES AFFAIRES. Récemment, une affiche à l’entrée d’un magasin Dollarama a retenu mon attention: «Fièrement canadienne — fondée et gérée à 100% par des Canadiens» (photo aperçue le 3 avril 2026).

Que l’entreprise ait été fondée au Canada est un fait, et il est légitime d’en être fier.

Cependant, l’affirmation selon laquelle elle serait «gérée à 100% par des Canadiens» soulève une question fondamentale: s’agit-il d’un constat… ou d’un principe?

Car si cette formulation reflète une orientation réelle en matière de gestion ou de recrutement, elle pourrait entrer en contradiction avec les principes fondamentaux du droit canadien.

Au Canada — et particulièrement au Québec — les lois en matière de droits de la personne, notamment la Charte des droits et libertés de la personne et la Canadian Human Rights Act, interdisent toute discrimination fondée sur l’origine nationale ou ethnique dans l’emploi.

Dans ce contexte, promouvoir l’idée d’une direction «100% canadienne» peut être perçu non seulement comme un message d’exclusion, mais aussi comme un positionnement difficilement conciliable avec ces cadres juridiques.

Je m’exprime ici à titre personnel. Originaire du Brésil, je suis résident permanent au Canada depuis plus de 20 ans. Titulaire d’une maîtrise en administration des affaires de l’Université de Sherbrooke, j’ai occupé plusieurs postes de direction et contribué activement à l’économie canadienne.

Pourtant, en lisant cette phrase, je me suis senti exclu, diminué dans mon essence et injustement réduit à mon origine plutôt qu’à mes compétences.

Doit-on comprendre que, malgré les discours sur la diversité, certaines organisations considèrent encore que les fonctions de direction doivent être réservées en fonction de l’origine, plutôt que des compétences?

Le Canada s’est construit sur l’ouverture aux talents venus du monde entier. Les entreprises qui y évoluent ont tout à gagner à refléter cette réalité — non seulement pour des raisons de compétitivité, mais aussi pour rester alignées avec les principes fondamentaux du pays.

Il ne s’agit pas ici de remettre en question la fierté nationale, mais de s’assurer qu’elle ne se transforme pas, même involontairement, en un message d’exclusion.

Une communication plus nuancée — qui valorise l’identité canadienne tout en affirmant clairement l’ouverture à tous les talents — permettrait sans doute de mieux refléter les valeurs juridiques et sociales du Canada.


© Les Affaires