L’IA est-elle sur le point d’innover à notre place?
EXPERT INVITÉ. L’intelligence artificielle (IA) s’incruste rapidement dans nos vies et ses prouesses ne cessent de nous impressionner. Initialement, ChatGPT n’était rien d’autre qu’un nouveau gadget technologique, tout aussi divertissant qu’utile. Aujourd’hui, la plupart d’entre nous avons compris qu’il est bien plus qu’un sympathique moteur de recherche parlant. Il génère du contenu interconnecté, en suivant le même principe que l’intelligence humaine. Cela signifie qu’il génère de nouvelles idées.
Ainsi, cette intelligence qu’on dit «artificielle» est un système dont le fonctionnement est similaire à celui de l’intelligence qu’on pourrait qualifier de «naturelle», ou d’humaine. Elle crée des associations et recombine des éléments préexistants, pour en former des nouveaux de toute pièce. D’ailleurs, qui n’a jamais utilisé ChatGPT pour pallier le syndrome de la page blanche? La machine, contrairement à nous, n’est jamais en panne d’idées. Mais est-ce que ce raz-de-marée d’idées générées par l’IA a un réel potentiel sur le plan économique ou social?
La valeur des idées générées par l’IA
Est-ce que les idées issues de l’IA sont pertinentes pour soutenir l’innovation? C’est ce qu’ont voulu vérifier deux professeurs de la Wharton School, de l’Université de Pennsylvanie. Dans le cadre d’un cours portant sur l’innovation, Christian Terwiesch et Karl Ulrich ont mis en concurrence leurs étudiants et l’IA, lors d’un défi de génération d’idées innovantes. Ainsi, plus de 200 étudiants du MBA ont affronté la machine et ensuite, un jury d’experts a évalué à l’aveuglette l’ensemble des idées générées.
Le résultat est désastreux! Plus de 85% des meilleures idées d’innovation ont été élaborées par l’IA. Machine 1, humain 0!
Est-ce donc dire que l’IA est sur le point de conduire l’innovation à notre place? Rien n’est moins certain!
L’inestimable valeur du discernement humain
Dans son livre Co-Intelligence : Living and working with AI, Ethan Mollick relate l’expérience de Terwiesch et Ulrich auprès de leurs étudiants. Bien que les résultats puissent frapper l’imaginaire, Mollick réaffirme l’importance du jugement humain dans le domaine de l’innovation, principalement lors de la sélection des idées à mettre de l’avant.
Comme il le mentionne, le processus d’innovation implique nécessairement de générer de nombreuses mauvaises idées, avant de dénicher la perle rare. Et dans ce domaine, l’IA excelle pour générer de longues listes d’idées, dont la qualité est plutôt variable. Ainsi, l’IA peut être un précieux allier dans cet effort de débroussaillage qu’exige tout processus d’innovation. Cela étant dit, le jugement humain est requis pour faire un discernement par rapport à l’ensemble des idées générées et surtout, pour assumer les risques inhérents à leur déploiement! D’ailleurs, ce partenariat entre l’IA et l’humain est le fil conducteur du livre de Mollick. Un partenariat qui implique qu’un humain soit constamment dans la boucle, pour piloter l’IA.
Apprendre à piloter l’IA pour innover
Certains alarmistes croient qu’une «super» intelligence artificielle pourrait voir le jour et exister de façon autonome, pour ensuite s’en prendre à l’humanité. À la croisée des chemins entre la fiction et la réalité, cette théorie dépeint l’hyperpuissance de l’IA et surtout, notre peur viscérale d’être déclassé en tant qu’espèce. L’IA frappe l’imaginaire parce qu’elle cible les tâches à forte valeur réflexive et sur ce point, il s’agit effectivement d’une première dans notre histoire. Les révolutions technologiques qui nous précèdent se sont attaquées au travail routinier, à faible valeur cognitive. L’IA est la première technologie qui reproduit la pensée humaine et qui s’attaque aux idées et à la créativité. Et bien que ça puisse nous donner la frousse, il ne s’agit que d’une révolution technologique de plus dans notre histoire. Révolution pour laquelle nous sommes bel et bien aux commandes!
Les applications de l’IA se décuplent à une vitesse vertigineuse et ce, dans tous les secteurs de l’économie. Il sera désormais attendu des nouveaux diplômés qu’ils sachent utiliser cette technologie comme levier d’innovation dans leurs domaines respectifs. Que ce soit pour améliorer les méthodes, développer de nouveaux produits ou encore, évaluer le potentiel de nouveaux marchés, savoir piloter l’IA est une compétence de l’avenir. Une véritable co-intelligence entre l’humain et la machine est en train de se mettre en place et elle nous pousse dans une nouvelle direction d’innovation!
