Pétrole: doit-on se doter d’une réserve stratégique comme les États-Unis?
ANALYSE GÉOPOLITIQUE. Les États-Unis avaient 415 millions de barils de pétrole en réserve avant que Donald Trump n’autorise le relâchement de 172 millions de barils cette semaine pour réduire la pression sur les prix. La réserve stratégique de la Chine est estimée à 1,2 milliard. En revanche, le Canada n’en a aucune. Doit-on nous aussi commencer à stocker du pétrole? Non, mieux vaut miser sur la décarbonation de notre économie afin de réduire à terme notre dépendance aux hydrocarbures, disent des spécialistes.
«C’est plutôt une vraie stratégie de réduction de la consommation de pétrole qui serait bonne pour le pays, souligne à Les Affaires Pierre-Olivier Pineau, spécialiste en énergie à HEC Montréal. Nous serions alors des spectateurs de ces crises énergétiques. Nous réduirions nos émissions de GES et la pollution. Si nous réduisions intelligemment cette consommation de pétrole, nous nous enrichirions.»
En entrevue, Yvan Cliche, spécialiste en énergie au Centre d’études et de recherches internationales à l’Université de Montréal (CÉRIUM), arrive sensiblement au même constat, même s’il estime que la constitution d’une réserve canadienne pourrait représenter «une police d’assurance» dans un contexte géopolitique instable et imprévisible.
«Toutefois, plusieurs facteurs limitent aujourd’hui sa pertinence: la transition énergétique en cours, la volonté de plusieurs provinces de décarboner leur économie et les coûts importants associés à la création et à l’entretien d’une telle réserve», insiste-t-il en entrevue.
C’est le même scepticisme à l’égard de la constitution d’une éventuelle réserve canadienne du côté de Jean-Thomas Bernard, professeur invité et spécialiste en énergie à l’Université d’Ottawa. «Je vois difficilement un intérêt pour ça, car le pétrole est moins important pour l’économie et le chauffage au mazout», dit-il.
Selon lui, le Canada possède déjà du reste une sorte de réserve officieuse en raison des longs oléoducs qui traversent le pays.
Ainsi, advenant une perturbation des importations d’hydrocarbures d’outremer dans les provinces de l’Est ou de la production dans les provinces de l’Ouest, le pétrole entreposé en permanence dans ces pipelines pourrait procurer une autonomie d’environ 30 jours à l’économie canadienne.
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