Le mirage des biocarburants d’Eni
En 2021, les énergies renouvelables étaient au cœur d’un accord de partenariat signé entre l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) et la compagnie pétrolière et de gaz naturel liquéfié Eni. Cet engagement s’inscrivait dans une stratégie que l’entreprise poursuit depuis quelques années. En effet, Eni produit déjà des biocarburants à partir de sous-produits d’huile de palme controversés importés d’Indonésie et de Malaisie.
Dans ce domaine, l’entreprise affiche des objectifs de croissance ambitieux. Selon ses récentes prévisions, elle prévoit de porter sa capacité de bioraffinage de 1,65 million de tonnes par an à 5 millions de tonnes de biocarburants, et à plus de 2 millions de tonnes de carburants d’aviation durables d’ici 2030. Pour y parvenir, Eni lance un vaste programme de production de biocarburants à base d’huile végétale dans plusieurs pays d’Afrique, notamment au Kenya, au Mozambique, en Côte d’Ivoire et plus particulièrement en République du Congo.
Greenwashing et ciblage des terres paysannes
Eni, société italienne basée à Rome, est présente au Congo depuis 1968, d’abord sous le nom d’Agip Recherche. En 2021, Eni annonce vouloir récolter 200 000 tonnes de ricin au Congo sur 150 000 hectares de terres d’ici 2030. Un protocole d’accord est signé entre la compagnie italienne et le gouvernement congolais, scellant ainsi cette ambition. Selon les parties à l’accord, le projet générera 90 000 emplois et réduira les émissions de gaz à effets de serre. Dans la presse locale et internationale, le message est clair: Eni soutient la décarbonation énergétique des pays africains, Eni accélère la transition énergétique, Eni s’emploie désormais à produire des énergies renouvelables pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Tout prête à croire à une situation gagnant-gagnant, mais la réalité sur le terrain est tout autre.
A Mayama. Début 2023, dans le district de Mayama, un projet pilote de plantation de ricin sur des terres paysannes est annoncé par Eni Congo. Dans un premier temps, 1200 paysan·nes vulnérables suite à des décennies de résistance contre l’armée régulière sont séduit·es par les promesses de meilleurs revenus économiques, abandonnant alors leurs cultures traditionnelles au profit du ricin. En plus des effets de ce changement en termes d’identité culturelle, chaque paysan·ne doit s’acquitter de 10 000 francs CFA (18 dollars US) pour participer au projet. Mais sans appui technique d’Eni Congo depuis, ces paysan·nes plongent dans l’insécurité alimentaire.
Selon l’un des paysans rencontrés à Mayama souhaitant garder l’anonymat, «l’entreprise nous a rassuré que le paiement de 10 000 francs CFA constituait une première étape. Dans l’engouement pour le projet, nous........
