La neutralité de la FAPEO menacée
Nous*, parents d’élèves ou de futur·es élèves, professionnel·les de l’enfance, de la santé, proches de personnes concernées par les préoccupations exprimées dans cette lettre, vous faisons part de notre inquiétude vis-à-vis de la composition et des pratiques actuelles du comité de la FAPEO (Fédération des associations de parents d’élèves de l’enseignement obligatoire).
Cette faîtière regroupe et chapeaute les associations de parents d’élèves du primaire (APE) et du cycle d’orientation (APECO) qui en sont membres. Elle a notamment pour buts de favoriser la communication et les relations entre les élèves, leurs familles, l’ensemble du corps enseignant, les directions d’établissements et les divers acteurs du parcours scolaire, et de remonter les problématiques du terrain auprès de la Direction de l’enseignement obligatoire et du Département de l’instruction publique.
Depuis un an, les activités de la FAPEO sont gérées par plusieurs personnes dont les positions et les activités militantes paraissent clairement contrevenir à ses statuts et au bon fonctionnement de cet organisme. Alors que la FAPEO a historiquement prôné le respect et la tolérance et défendu les intérêts de tou·tes les élèves, le climat au sein des Assemblées des délégué·es s’est récemment fortement détérioré. Les cours d’éducation à la vie affective et sexuelle et les questions de genre y sont systématiquement abordés, même si ces sujets ne sont pas au cœur des préoccupations des membres et des parents faisant appel à la FAPEO. Dès lors, il nous semble extrêmement important de faire émerger dans le débat public les réelles motivations des personnes impliquées au niveau du comité.
Parmi elles, Madame Stéphane Mitchell, présidente du Comité de la FAPEO depuis mars 2025, connue publiquement pour son engagement et ses prises de position virulentes au sein de la mouvance anti-trans, ou encore Monsieur Mark Thompson, membre du Collectif Parents Suisse. Le Collectif Parents a vu le jour en 2020 en lien avec la pandémie Covid-19. Successivement engagé dans la lutte anti-vaccin, anti-masque et anti-test Covid, puis contre les cours d’éducation à la vie affective et sexuelle à l’école primaire et contre ce qu’il nomme la «théorie de genre» et le «wokisme». Via des campagnes de désinformation, il vise à restreindre les droits des jeunes et des enfants à disposer de leur corps, ainsi qu’à imposer une autorité parentale absolue.
Stéphane Mitchell est militante et membre fondatrice de l’AMQG (Association pour une approche mesurée des questionnements de genre chez les jeunes). Cette association a entre autres soutenu des projets de loi extrêmement violents contre les mineur·es transgenres, fort heureusement rejetés par le Grand Conseil genevois. En 2023, Stéphane Mitchell a appelé via son compte public Facebook à participer à un rassemblement sur la place des Nations lors de la venue de Posie Parker, figure transphobe d’extrême-droite proche de groupes suprémacistes et néonazis.
Les discours anti-trans portés par Mme Mitchell et les membres du Collectif Parents, imprégnés de complotisme et de paniques morales, sont tout à fait contraires aux statuts de la FAPEO, qui rappellent à ses membres son devoir de neutralité. Nous refusons que ces dérives idéologiques contraires au consensus scientifique actuel infiltrent les murs des institutions scolaires genevoises et atteignent le bien-être, la santé, la sécurité et les droits fondamentaux des jeunes et des enfants – trans ou pas. Nous défendons l’accès à une éducation affective et sexuelle inclusive – socle de l’apprentissage du consentement – et nous nous positionnons contre toute instrumentalisation de la défense des droits des enfants à des fins anti-trans.
Au-delà de l’effet de panique que ces discours entretiennent, ceux-ci nous paraissent absolument contraires aux buts et missions de la FAPEO, censée travailler pour l’intérêt supérieur des enfants et se charger des préoccupations liées à leur bon développement et à leur bien-vivre. Comment considérer que les sujets traités par les APE-APECO et la FAPEO tels que le harcèlement, le racisme et toute forme de violences et de discriminations puissent l’être dans pareilles conditions et par ces personnes?
Pour toutes ces raisons, nous sommes extrêmement inquiet·es face à la perspective d’une potentielle (ré)élection de Mme Mitchell et d’autres membres proches de milieux réactionnaires au Comité de la FAPEO, lors de l’Assemblée générale du 19 mars prochain. Nous invitons les APE et les APECO à être présentes à l’Assemblée générale pour questionner les motivations personnelles des candidat.es et à voter contre la propagation de la haine dans les établissements scolaires.
* Organisations signataires: Actions Queer VNR;Ekivock – non-binaires Suisse romande; Fahrenheit 451; Le Fesses-tival; Association TransParents Genève; La Grève féministe Genève; collectif juif décolonial Marad, collectif Nous serons le feu; Parentalités queers féministes et complices, Collectif radical d’action queer (CRAQ); Fédération genevoise des associations LGBTIQ+; Jeunesse solidaire; Le Silure; Solidarité Tattes; SolidaritéS; Syndicat des Services Publics (SSP).
