Aux racines de la « nouvelle France »
Croisé dans une librairie parisienne, un ancien lieutenant mélenchoniste, interrogé sur l’origine du concept de « nouvelle France » promu par LFI, nous a répondu sans hésiter : « Tout sort de la tête de Jean-Luc Mélenchon. Tout émane de ses intuitions. » Cette confidence dit tout du fonctionnement interne du principal mouvement de gauche français : un homme seul conçoit une idée, tandis que ses partisans sont chargés de lui donner corps.
Mais qu’est-ce donc que cette « nouvelle France », espérée par les uns, redoutée par les autres ? L’expression n’est pas une invention mélenchoniste. Sous l’Occupation déjà, un prix littéraire récompensait les écrivains affichant des sympathies pour la « révolution nationale ». Dans les années 1990, Jacques Chirac publiait un livre portant ce titre. Candidat à la présidentielle de 2002, Lionel Jospin en défendait lui aussi l’idée. D’autres s’en sont emparés pour illustrer l’entrée du pays dans une ère mondialisée.
Chez Mélenchon, ce qui ressemble à un slogan ordinaire est en réalité un concept idéologique. La « nouvelle France » désigne, de façon plus ou moins explicite, les « nouveaux Français » : les « racisés » des « quartiers populaires », les militants LGBT, les néoféministes, les étudiants gauchistes, les néoruraux décroissants, les « antisionistes », une intelligentsia marxiste… Cette version « positive » du « grand remplacement » exclut de facto ceux qui ne se reconnaissent dans aucune de ces catégories. Selon l’auditoire, le projet est agrémenté de considérations institutionnelles, sociétales, économiques et territoriales. Cependant, la stratégie est claire : effrayer la bourgeoisie non-LFI, attirer l’électorat issu de l’immigration et imposer un face-à-face avec le Rassemblement national.
Point d’« avenir en commun »
Mélenchon ne parle d’ailleurs plus, comme jadis, de la bourgeoisie dominante ; il préfère la formule racialement insultante de « tout blanc et tout moche » pour désigner l’adversaire. Un trait dont il serait lui-même exempt, puisqu’il se présente désormais comme un « Maghrébin européen ». L’ancien socialiste possède sur ses concurrents un avantage décisif : la maîtrise des mots chargés d’affects. C’est là, uniquement dans ces espaces urbains, que résiderait l’énergie vitale capable de régénérer le pays. Ailleurs, point d’« avenir en commun », pour reprendre l’une de ses formules.........
