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« Tout » Régis Debray

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15.04.2026

Il y a, dans notre bibliothèque, un livre jamais ouvert. C’est Le Procès Régis Debray, publié en 1967 par François Maspero, l’éditeur du révolutionnaire inculpé et son témoin à décharge. Un livre acheté un euro, un jour, à la librairie Le Dilettante. Le procès en question se tient à La Paz, devant un conseil militaire qui accuse Debray d’avoir participé aux guérillas boliviennes. En couverture, une photographie : le jeune Français moustachu, étroitement surveillé par un soldat. Il a alors 27 ans.

Un autre livre est arrivé récemment sur notre bureau, intitulé Tout, du même Régis Debray – aujourd’hui 85 ans, « jambes lourdes, trous de mémoire, bouquet de pilules […] et le pire dans le métro, la jeune fille qui se lève pour vous laisser la place assise ». Ce livre semble répondre à Riens, paru l’an dernier, que nous avions lu et aimé.

En refermant ce nouveau volume, on a le sentiment que l’auteur s’emploie à mettre de l’ordre dans ses souvenirs. Un inventaire avant fermeture ? Il se dégage de ces pages l’impression un peu mélancolique d’un rideau qui lentement s’abaisse. Ce sentiment s’en est trouvé confirmé lors d’une rencontre il y a deux ans chez son éditeur Gallimard. Et pourtant, malgré la fatigue (la lassitude ?), demeure chez lui intact ce regard de condor, cet oiseau andin à l’immense envergure et qui voit loin. « Avant de partir, on doit payer ses dettes », nous disait-il.

Dans Tout, l’auteur de Loués soient nos seigneurs salue de vieux compagnons de route qui n’ont pas toujours eu les honneurs d’une nécrologie. On y croise Jules, son grand-père ; un autre Jules, dit « le petit », professeur ; Hélène (Rytmann), étranglée par son mari, Louis Althusser, ainsi qu’une série de révolutionnaires aux noms qui sentent le maquis, la poudre et le cigare : Liber, Roque, sans oublier le Che et Fidel. À chaque portrait écrit correspond un portrait photographique. En noir et blanc, on découvre le Régis d’avant l’humeur bourrue, jeune, gaulois, avec........

© Le Point