Dominique Moïsi : « Le risque de troisième guerre mondiale existe moins à partir de l’Iran que de l’Ukraine »
Un point de bascule historique. La guerre en Iran ainsi que la mort de l’ayatollah Khamenei, après le bombardement de sa résidence, provoquent un big bang géopolitique. Existe-t-il un risque de troisième guerre mondiale ? Quel avenir pour le Moyen-Orient et le droit international ? Quels sont les motivations et les objectifs de Donald Trump ?
Dominique Moïsi, géopolitologue, conseiller spécial de l’Institut Montaigne, répond aux questions les plus brûlantes trois jours après le déclenchement de l’opération « Fureur épique » par les armées américaine et israélienne.
Le Point : Il y a tout juste quatre ans, vous affirmiez à raison que l’invasion russe en Ukraine était un point de bascule historique. Est-ce une nouvelle fois le cas aujourd’hui, après l’attaque américano-israélienne en Iran ?
Dominique Moïsi : La réponse est oui. Nous ne sommes plus dans la configuration d’une guerre éclair, comme celle dite des « Douze jours » en juin dernier. Cette offensive se veut totale : l’objectif déclaré des États-Unis et d’Israël est désormais un changement de régime en Iran. Cette volonté de transformation radicale rappelle la stratégie employée par la Russie en 2022 : en attaquant l’Ukraine, l’objectif de Moscou était, là aussi, de mettre un terme définitif à l’indépendance du pays.
L’objectif est aussi d’anéantir les ambitions nucléaires des mollahs, n’est-ce pas ?
Bien sûr. Mais l’objectif initial – empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire, contrôler son arsenal de missiles et amener Téhéran à modérer l’action de ses proxies – a été dépassé par celui d’un changement de régime. L’idée est qu’on ne peut pas faire confiance au régime iranien ; dès lors, le seul moyen d’instaurer un certain équilibre dans la région serait qu’il disparaisse.
Qu’est-ce qui a préparé ce basculement ?
Plusieurs événements y ont conduit. La guerre des « Douze jours » a révélé la vulnérabilité des........
