« La quête du partenaire parfait freine la mise en couple et la natalité »
De 2,02 enfants par femme en 2010, le taux de fécondité est passé à 1,56 aujourd’hui. Et si, finalement, la raison centrale de la baisse structurelle du nombre de naissances en France résidait dans l’instabilité conjugale ?
Hélène Calas, consultante en natalité auprès des organisations, a publié une étude remarquée (Moins de liens, moins d’enfants ? La dénatalité française comme choc anthropologique) qui explore cette question au carrefour de l’intimité et de la sociologie. Nous avons voulu en savoir plus. Entretien.
Le Point : Parmi les causes multiples de la dénatalité en France, vous pointez l’instabilité conjugale. Pourquoi ce paramètre en particulier ?
Hélène Calas : On explique la baisse de la natalité par la crise du logement, la difficulté des modes de garde ou la nécessité d’avoir deux salaires, même en province. Si ces arguments sont tout à fait exacts et nourrissent de nombreux programmes politiques, mon postulat est qu’ils occultent une réalité située plus en amont : celle du couple.
Selon moi, c’est le désir de couple qui crée le désir d’être parent. Or, on se met en couple plus tard. À 30 ans, la part des femmes vivant en couple est passée de 77,3 % à 66,1 % entre 1990 et 2021 selon l’Ined. La quête du partenaire parfait, ajoutée à une peur profonde de l’engagement et de la contrainte, freine la mise en couple. En définitive, avant même que l’enfant ne soit perçu comme une charge, c’est le couple lui-même qui est vécu comme une contrainte, ce qui impacte mécaniquement le désir d’être parent.
Comment expliquez-vous ce changement ?
Plusieurs éléments se combinent, à commencer par le rapport à l’engagement. Le psychologue Barry Schwartz a bien montré que l’excès de choix finit par paralyser : notre cerveau ne sait plus arbitrer. Autrefois, on rencontrait son conjoint dans un cercle........
