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François Bayrou : « Je prie très souvent »

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28.06.2026

François Bayrou donne de nombreuses interviews, qui plus est en ce moment pour la promotion de son nouveau livre, Alerte sur la France qui vient (Éditions de l’Observatoire). Mais il ne se confie que très rarement sur l’un de ses ressorts les plus intimes, une matrice de son engagement : sa foi catholique. L’ancien Premier ministre explique ici en profondeur son christianisme. Il livre, pour la première fois, en longueur sa position dans le débat sur la fin de vie, affirmant qu’il ne voterait pas la loi sur l’aide active à mourir actuellement en troisième lecture devant l’Assemblée nationale. Il répond aussi aux interrogations sur l’affaire Bétharram.

Le Point : Vous avez toujours mis un point d’honneur à respecter scrupuleusement la laïcité, tout en restant un catholique engagé. Tenir les deux, est-ce facile ?

François Bayrou : Cela va ensemble. Comme citoyen engagé, je regarde la laïcité comme la seule clé pour que vivent ensemble des convictions religieuses et philosophiques différentes. Et la source de la laïcité que notre pays la France a offerte à l’humanité, et dont nous, Français, sommes les premiers (souvent les seuls) défenseurs, c’est l’Évangile : « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». La séparation radicale de la conviction religieuse et du pouvoir.

Quand vous étiez Premier ministre, vous avez décidé de scinder le dispositif législatif sur la fin de vie en deux textes, l’un assurant le développement des soins palliatifs et de l’accompagnement, l’autre instaurant une aide active à mourir. Le premier a été adopté par le Parlement. Le second, voté par l’Assemblée nationale mais rejeté par le Sénat, est en troisième lecture. Si vous étiez aujourd’hui député, voteriez-vous ce texte ?

En tant que Premier ministre, j’ai pris la responsabilité de dissocier le vote sur l’aide active à mourir de celui sur les soins palliatifs et l’accompagnement. Cela m’a été reproché de manière virulente par certains acteurs car, au fond, beaucoup, parmi les promoteurs des textes, s’accommodaient de l’obligation qui était créée : si vous souteniez les soins palliatifs, vous étiez obligé de voter l’intégralité du texte sur la fin de vie. Pour moi, il y avait là un détournement de débat.

Faire entrer dans l’esprit public que donner la mort est un soin comme un autre, un service public, c’est dangereux, pour toutes les situations de faiblesse.

Faire entrer dans l’esprit public que donner la mort est un soin comme un autre, un service public, c’est dangereux, pour toutes les situations de faiblesse.

J’ai séparé les deux textes parce qu’il ne s’agit pas du même problème. D’un côté, il y a une option philosophique lourde, la société accepte de donner la mort – et je suis spontanément un défenseur du caractère sacré de la vie. D’un autre côté, je connais des situations tragiques ; des proches que j’aime, par exemplr atteints de maladies dégénératives, qui s’angoissent : « Si je ne peux plus, physiquement, choisir ma mort, comment vais-je faire ? ».

C’est un dilemme de conscience absolu. Le texte sur les soins palliatifs a été adopté très largement, et c’est une excellente chose. Celui sur la fin de vie est beaucoup plus préoccupant, douloureux, difficile, et de nombreux députés hésitent encore. Pour ma part, je ne peux aborder cette question qu’à la lumière de ce que je crois de plus profond. Faire entrer dans l’esprit public que donner la mort est un soin comme un autre, un service public, c’est dangereux, pour toutes les situations de faiblesse.

Y a-t-il une précipitation de la part du pouvoir à vouloir faire voter ce texte avant le 15 juillet ?

C’est un texte emblématique pour certains des grands courants philosophiques du pays. Pour eux, l’émancipation de l’être humain passe par l’affranchissement à l’égard de tous les........

© Le Point