Pascal Boniface, le géopolitologue de TikTok
Le dos sur la serviette et les orteils en éventail, cet été, des enfants auront peut-être entre les mains un cahier de vacances bien particulier. La Géopolitique les pieds dans le sable (Éditions Eyrolles) promet de découvrir les grands enjeux internationaux en s’amusant. Pourquoi pas ? Mais en tournant les pages, entre deux jeux, votre enfant tombera sur ces lignes : « À la suite de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 perpétrée par le Hamas, la réaction israélienne a pris la forme d’un génocide contre les 2,2 millions de Gazaouis. » Le mot le plus lourd du débat international, glissé au présent de l’évidence, agrémenté d’un petit palmier en illustration.
L’auteur de ce cahier de géopolitique en tongs est Pascal Boniface, fondateur du think tank Iris – Institut de relations internationales et stratégiques. Les plus âgés se souviennent peut-être de cet analyste omniprésent dans les médias au début des années 2000, qui s’est notamment fait un nom comme expert de la géopolitique du football. Les plus jeunes, eux, l’ont sûrement croisé sur TikTok, Instagram ou YouTube, où il cumule plus de 1 million d’abonnés. Chaque semaine, il y poste analyses et entretiens, en compagnie de Rima Hassan, du rappeur Médine (avec qui il a cosigné un livre), d’Akim Omiri, d’Aymeric Caron ou de Dominique de Villepin.
Le vulgarisateur « neutre »
Boniface a compris, mieux que ses pairs, que la géopolitique pouvait se vendre comme un produit de grande consommation. Ses bandes dessinées Géostratégix (Dunod) se sont écoulées à quelque 120 000 exemplaires. La mécanique est rodée : contourner les médias traditionnels, qu’il accuse de le censurer, et régner sur son écosystème sans contradiction. C’est précisément là que le bât blesse.
La critique parfois légitime du gouvernement israélien n’a d’égale que la complaisance totale à l’égard du Hamas.Ferghane Azihari
La critique parfois légitime du gouvernement israélien n’a d’égale que la complaisance totale à l’égard du Hamas.
Car sa méthode fait grincer bien des dents chez les géopolitologues. En cause, résume un universitaire, « son antisionisme radical », qui « frise l’obsession ». Il parle de toutes les régions, mais sur ses réseaux sociaux, la critique de l’État hébreu affole le compteur de vues. C’est donc tout naturellement à son micro que Rima Hassan affirme que les massacres du Hamas seraient « aussi une action de désespoir ».
« Il est beaucoup plus anti-israélien qu’il n’est propalestinien », tranche........
