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Éloge de la folie

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05.08.2026

En 1996, sur les bancs de la fac, une camarade venait de découvrir Zorba le Grec et le trouvait « immoral ». Je me souviens encore de son dégoût face à la joie de ces hommes et de leur appétit de vivre qui lui semblait indécent. À l’époque, son verdict m’avait paru une bizarrerie, un manque de maturité, la crainte de passer la frontière de la liberté, la pudibonderie d’une seule. Trente ans plus tard, en revoyant le chef-d’œuvre de Michael Cacoyannis, je me suis demandé si cette gêne n’était pas devenue l’air du temps. Car ce que mon amie éprouvait dans la solitude de son puritanisme, une époque entière le proclame aujourd’hui : la joie est suspecte car elle dénie à la pesanteur sa réalité entravante, passe outre la gravité.

Rappelons la dernière séquence, celle qui continue de me faire frissonner comme la première fois, encore adolescente, où j’ai vu le film : le téléphérique que Zorba a bâti s’écroule dans un fracas aussi grotesque que grandiose ; la fortune de Basil, l’Anglais rigide et perdu,........

© Le Point