Encore un ministre de la Culture incompétent
J’aime bien Marc Miller, d’ailleurs député de mon comté, mais force est de reconnaître son ignorance en culture.
Catapulté l’an dernier au poste de ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes pour lequel il n’était pas préparé, le pauvre Miller a reconnu lui-même son ignorance, cette semaine, au congrès de l’Association québécoise de la production médiatique (l’AQPM). Avec une franchise qui l’honore, il a déclaré : « Nous voulons soutenir l’industrie audiovisuelle... Mais avouons-le, ni moi ni mon ministère n’avons les réponses ! »
Lui et ses fonctionnaires n’ont donc jamais pris connaissance des nombreuses études d’experts entreprises à coups de millions de dollars par le fédéral depuis l’élection des libéraux en octobre 2015. À moins qu’ils n’y comprennent rien !
Dans un premier temps, Mélanie Joly, la jeune ministre du Patrimoine, réunit un comité de sept experts, tous plus « bollés » les uns que les autres, sous la tutelle de Janet Yale, qui avait été vice-présidente chez Telus, ce qui n’est pas rien. Avec Monique Simard, ex-PDG de la SODEC, et Pierre Trudel, professeur en droit public à l’Université de Montréal, les francophones étaient bien représentés au sein du comité.
Les comités se suivent
Après avoir examiné dans le détail nos lois sur la radiodiffusion, sur les télécommunications et sur la radiocommunication, le groupe de Janet Yale remit son rapport le 29 janvier 2020. Rarement recommandations ne firent pareille unanimité. Dans l’industrie comme chez les parlementaires et les analystes. Un vrai succès !
Malgré cette belle unanimité, lorsque Pascale St-Onge fut nommée au Patrimoine en juillet 2023, elle constitua un autre comité d’experts. Cette fois pour examiner plus spécifiquement CBC/Radio-Canada, ce que le comité Yale avait déjà fait. Au printemps 2024, ce nouveau comité remit à la ministre St-Onge un rapport dont elle se dit très satisfaite, mais elle quitta la politique sans qu’on y donne suite.
Encore un rapport coûteux que Marc Miller et ses fonctionnaires n’ont pas dû lire puisque le ministre, fièrement et sans rire, a annoncé, mardi, qu’il formait un comité d’experts pour étudier comment « moderniser » les mesures fédérales en appui à l’industrie audiovisuelle. L’étude sera sûrement plus solide (et plus coûteuse), puisque le nombre d’experts est porté à 11. C’est quatre de mieux que pour les études précédentes !
Afin de s’assurer que les experts fraîchement nommés se rappelleront qu’il y a eu d’autres comités d’experts que le leur, Monique Simard, membre du comité Yale, fait aussi partie de ce énième comité et Catalina Briceno, qui faisait partie du comité de Pascale St-Onge, est aussi membre de celui-ci ! Ottawa commencerait-il à manquer d’experts ?
Depuis huit ans, trois comités de spécialistes auront donc été appelés à son chevet, mais l’état de notre industrie audiovisuelle ne cesse de décliner. Les corridors de Patrimoine Canada commencent à ressembler étrangement aux couloirs de nos hôpitaux !
