Est-ce qu’on peut prévoir un prix à la baisse?
Chaque semaine, le chroniqueur économique Pierre-Olivier Zappa répond aux questions touchant la consommation et les finances personnelles.
QUESTION : «Est-ce qu’on peut prévoir si le prix de l’essence va revenir à la normale d’ici l’été ? On planifie nos vacances et on envisage un voyage en famille, de Gatineau à Gaspé. J’ai l’impression que ça pourrait nous coûter une fortune avec notre camionnette !»
Marie-Claude, je comprends votre inquiétude. Pour être franc avec vous, personne ne peut vous donner une réponse certaine. Ce qui se joue en ce moment au Moyen-Orient rend les prévisions particulièrement hasardeuses. On peut au moins déterminer les scénarios.
L’agence Bloomberg a modélisé ce qui pourrait arriver au prix du Brent selon la durée de la fermeture du détroit d’Ormuz, ce passage stratégique par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. Les résultats donnent le vertige !
Ormuz fermé 1 mois: le brut grimpe aux alentours de 110 $/baril en mars, puis redescend vers 80 $ à l’été. Pas facile, mais gérable. À la pompe, on parle d’une hausse temporaire, probablement autour de 1,65 $ à 1,80 $ le litre au Québec. Pour votre voyage cet été, ce scénario est le plus favorable.
Ormuz fermé 2 mois: le brut culmine autour de 135 $ en mars-avril, puis redescend vers 90-95 $ à l’automne. La descente est plus lente. L’été reste sous pression et les prix à la pompe se maintiennent entre 1,80 $ et 2,00 $ le litre.
Ormuz fermé 3 mois: c’est le scénario du pire. Le brut atteint 160 $ le baril en mai 2026, avant d’amorcer une descente vers 100 $ à l’automne. Cet été, votre voyage se fera dans un contexte de prix élevés, probablement autour de 2,00 $ à 2,20 $ le litre, voire plus.
Même dans le meilleur scénario, Bloomberg prévoit que les prix resteront au-dessus du niveau d’avant-guerre en plafonnant autour de 70 $ le baril. Le retour à 1,45 $ le litre ? Oubliez ça pour l’instant !
Votre trajet Gatineau–Gaspé aller-retour, c’est environ 1300 km, peut-être 1400 km si vous ajoutez quelques excursions. Prenons un trajet de référence plus court pour calibrer les chiffres. Un aller-retour Montréal–Québec (environ 500 km) avec un véhicule standard à 10 L/100 km, soit 50 litres de carburant, donne ceci :
• À 1,75 $/L : 87,50 $
Appliquez maintenant ce calcul à votre camionnette pour le trajet Gatineau–Gaspé. Si elle consomme 14 L/100 km, pour une distance de 1350 km, vous brûlerez 189 litres. À 1,75 $/L : environ 330 $. À 2,00 $/L : 378 $.
En planifiant vos vacances, gardez à l’esprit que ce n’est pas que l’essence qui coûte plus cher. Le carburant d’aviation a bondi de près de 60 % en une semaine, selon l’IATA. Les transporteurs aériens, Air Canada, Transat, American Airlines, encaissent des pertes importantes.
American a vu son titre fondre de 25 % en moins d’un mois à la Bourse de New York. Les compagnies Air Canada et Transat n’ont pas été épargnées non plus. Si vous aviez envisagé de prendre l’avion plutôt que la route, sachez que les tarifs risquent d’augmenter eux aussi.
En toile de fond, une crainte inflationniste s’installe. Si les prix de l’énergie restent élevés, la Banque du Canada aura peu de marge pour baisser son taux directeur.
La leçon ? Même si la crise au Moyen-Orient se règle en quelques semaines, les effets pourraient se faire sentir encore des mois. L’été arrive officiellement le 21 juin ! Ça viendra vite. Planifiez donc votre budget vacances avec une marge de manœuvre.
Si la guerre se prolongeait, vous pourriez différer votre départ jusqu’à la fin août. Les scénarios de Bloomberg suggèrent que les prix pourraient commencer à redescendre à ce moment-là. Mais rien n’est garanti !
