Transfuges à Ottawa: place à un débat?
Encore un transfuge à Ottawa ! La députée Lori Idlout est la quatrième en quelques semaines. Moins d’un an après les élections générales.
Vous, comme électeur dont le vote est motivé à 92 % par la bannière (selon plusieurs études), ça ne vous révolte pas, un élu qui change ainsi de parti ?
Il y a à ce sujet une différence importante entre la culture politique à Ottawa et à Québec.
À Ottawa, il semble qu’un élu puisse participer à un party de Noël d’un parti, ne pas payer son souper, puis, la semaine suivante, changer de couleur politique. C’est le cas du député ontarien Michael Ma, passé des conservateurs aux libéraux.
Une élue peut aussi annoncer fièrement qu’elle appuie un candidat dans une course à la chefferie de son parti puis, la semaine suivante, changer de formation politique. C’est le cas de Idlout, passée du NPD aux libéraux.
Je comprends Don Davies, chef parlementaire du NPD, d’avoir qualifié ce geste de trahison. Dans sa province, la Colombie-Britannique, il existe, au palier provincial, une procédure de révocation d’un député. Si une pétition, gérée par Elections CB, est signée par 40 % des électeurs inscrits dans une circonscription, le député est destitué.
À Québec, de 2008 à 2011, la culture politique a développé une allergie aux transfuges. C’est une des choses qui ont empêché Vincent Marissal, l’automne passé, de se joindre au Parti québécois (PQ) après son départ du caucus de Québec solidaire et Maïté Blanchette-Vézina de devenir conservatrice après avoir claqué la porte de la Coalition Avenir Québec (CAQ). Les deux ont préféré rester indépendants, se contentant de quelques flirts. Chroniqueur, Marissal écrivait d’ailleurs en 2012 : « J’exècre moi aussi les députés qui changent de parti par pur opportunisme. »
En 2008, Jean Charest, minoritaire, était allé recruter deux adéquistes, Pierre-Michel Auger et André Riedl. Amer, le chef de l’Action démocratique du Québec (ADQ), Mario Dumont, avait déclaré : « Jean Charest a toujours été très hautain avec l’équipe adéquiste, soudainement il en ramasse deux, pas nécessairement les meilleurs, et là ce sont des talents extraordinaires. »
Outré, Éric Caire avait déposé le projet de loi 493 « sur la révocation d’un député » : quand une « majorité absolue » des électeurs inscrits dans une circonscription signent une pétition demandant de mettre fin au mandat du député, celui-ci était destitué.
Ce projet de loi ne fut pas adopté. Mais, quelques mois plus tard, trois péquistes, Daniel Ratthé, Benoît Charrette et François Rebello, changeaient de couleur politique et se joignaient aux députés indépendants issus de l’ADQ – dont Caire ! – pour former le premier caucus caquiste.
Les péquistes étaient en furie. Une fois devenu ministre de Pauline Marois, Bernard Drainville annonça même une loi pour faire la vie dure aux transfuges. Élu sous une bannière, un député aurait l’obligation de siéger comme indépendant jusqu’aux élections générales ou, alors, il aurait à subir une élection partielle afin de soumettre sa mutation partisane au jugement de ses commettants. La défaite du gouvernement Marois en avril 2014 empêcha M. Drainville de déposer son projet de loi. Mais la culture en fut durablement marquée. Je ne peux croire qu’à Ottawa, le festival actuel des transfuges devrait provoquer un bon débat.
