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Quand Legault redonne le goût de l’avenir

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04.04.2026

François Legault a réussi sa sortie. Elle fut marquée par l’élégance, la générosité (notamment dans l’attention aux gens) et l’émotion.

Les derniers mots de son discours avaient particulièrement de quoi émouvoir : « Chaque personne ici a la responsabilité de donner de l’espoir [...] aux prochaines générations, croire en l’avenir, croire en l’humain, croire en nous. »

Il rappela que pour lui, à 25 ans, même s’il était issu d’un « milieu populaire », « tout était possible ».

Quel contraste avec aujourd’hui, ajouta-t-il, avec « Trump, avec les guerres ». Les gens sont saisis par l’inquiétude, l’anxiété (pour reprendre ce mot surutilisé, galvaudé).

L’essayiste Mathieu Bélisle, dans Une brève histoire de l’espoir (Lux, 2025), a à ce propos cette formule simple et vraie : « Le temps des grandes espérances a laissé place au temps des grandes frayeurs. »

À Trump, Poutine, Xi et aux guerres, il faut ajouter deux phénomènes préoccupants, les changements climatiques et l’intelligence artificielle, qui rendent l’avenir, pour plusieurs, profondément incertain.

J’ai déjà cité dans ces pages la formidable phrase attribuée au philosophe Max Weber : « La politique, c’est le goût de l’avenir. »

Devant le futur actuellement si inquiétant, certains, dans les jeunes générations, perdent ce goût. Les plus anxieux vont jusqu’à renoncer carrément à avoir des enfants.

La baisse des taux de natalité, partout, c’est sans doute l’effet d’un individualisme croissant, mais aussi celui de « grandes frayeurs » contemporaines.

Sans le savoir, deviendrait-on, à notre époque, « punks »? Ce mouvement de révolte des années 1980 avait pour devise « No future ».

C’est peut-être pour cela aussi que la participation électorale décroît.

J’avais demandé, il y a quelques années, à des parlementaires qui venaient d’avoir des enfants comment ils voyaient cette problématique. La peur de l’avenir avait-elle effleuré leur esprit ?

Pour eux, en substance, l’engagement était un antidote au désespoir punk, en vogue dans nos années 20. Je sais, la réponse peut paraître simpliste et surtout circulaire : comment vouloir s’engager si on ne croit plus en l’avenir ?

Il n’y a pas de cure simple et définitive à notre panne d’espoir. Je ne vous ferai pas le coup de vous citer Hölderlin et son énigmatique « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ». Parce qu’elles sont grandes, les grandes frayeurs susciteraient, presque magiquement, leurs antidotes ! Peut-être bien...

La solution tient davantage dans la redécouverte de ce qu’il y a d’éminemment noble dans l’intérêt pour « le » politique, mais aussi pour l’action politique elle-même.

En tout cas, le parcours ainsi que le dernier discours de notre premier ministre – malgré toutes les erreurs qu’on peut lui imputer, malgré tous les désaccords qu’on peut avoir avec lui – nous soulignaient cette noblesse. Cette crâne volonté de vouloir améliorer les choses, dans son pays, en dépit de tous freins et obstacles.


© Le Journal de Montréal