Levons le tabou voulant que la majorité parlementaire fasse la légitimité politique
Notre démocratie électorale souffre d’un mal profond : elle n’engendre pas la légitimité politique. Je vois deux causes à cela : la dissimulation et le mode de scrutin.
Nous ferons du Canada le pays le plus libre au monde, nous dit Pierre Poilievre. L’euphémisme est de taille. Selon Le Robert, l’euphémisme est l’expression atténuée d’une notion dont l’expression directe aurait quelque chose de déplaisant, de choquant. Que cache donc cette formule de M. Poilievre qui pourrait être déplaisant ou choquant à entendre ? Tentons une réponse. Chez les libertariens, la liberté revêt un sens particulier. À titre d’exemple, la personne a un droit de propriété absolu sur l’argent qu’elle gagne et elle jouit donc d’une totale liberté de l’utiliser à sa guise.
En l’obligeant à payer des taxes et des impôts, l’État viole cette liberté. La redistribution de la richesse par ce moyen devient liberticide. Pour faire du Canada le pays le plus libre au monde, faudrait-il donc, selon M. Poilievre, la réduire à une peau de chagrin ? Devons-nous ainsi nous attendre, au nom d’une conception erronée de la liberté, à un démantèlement de l’État comme celui auquel se livre Donald Trump ?
Mark Carney, lui, se targue d’un programme ambitieux en matière de dépenses : augmentation des dépenses militaires de plusieurs dizaines de milliards de dollars par année, suppression de la TPS sur l’achat d’une première maison à certaines conditions, diminution des impôts de la classe moyenne, annulation de l’augmentation du taux d’inclusion des gains en capital, lancement de chantiers d’infrastructures énergétiques, élargissement du programme d’assurance dentaire, etc. Et… retour à l’équilibre budgétaire en trois ans.
Bien. Mais il suffit d’avoir géré un budget familial pour voir que ces engagements sont inconciliables. La colonne des recettes est écartée. D’où proviendra l’argent pour l’alimenter ? Il faut dépenser moins et accroître la productivité, répond M. Carney. Comme quoi........
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