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La défaite d’Orbán doit plus à l’argent qu’à la conscience, et voici pourquoi c’est important

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16.04.2026

Dans de nombreuses capitales occidentales cette semaine, libéraux, progressistes et démocrates célèbrent la fin de l’emprise de seize ans de Viktor Orbán sur la Hongrie. Les coupes de champagne se lèvent, et il y a toutes les raisons de se réjouir. La leçon qu’on en tire, de façon générale, c’est qu’un chef de l’opposition charismatique, un travail d’organisation acharné et une population enfin à bout de patience face à l’autocratie peuvent venir à bout même des régimes illibéraux les mieux enracinés. Et pas seulement en Hongrie.

Cette lecture n’est pas fausse, à proprement parler. Mais elle est dangereusement incomplète et risque de mener à de mauvaises conclusions.

Viktor Orbán n’a pas perdu parce que les Hongrois se sont lassés de son mode de gouvernement autoritaire. Il n’a pas perdu en raison de son alliance avec Donald Trump — en fait, Péter Magyar, le chef de l’opposition qui l’a renversé, a pris soin d’éviter toute critique significative à l’égard de Trump tout au long de la campagne. Dans un pays où Orbán a passé des années à cultiver une culture politique hostile à l’Occident démocratique, entretenir des liens avec le populiste autoritaire de Washington et jouer dans la cour des grands de la politique internationale n’avait rien d’un boulet électoral.

Si vous cherchez un réveil démocratique romantique, la Hongrie n’est pas tout à fait votre histoire. Orbán a perdu, avant tout, parce que le robinet financier s’est fermé.

Pendant plus d’une décennie, le schéma était d’une élégance toute simple. Les fonds structurels européens affluaient en Hongrie année après année, des milliards d’euros, et le réseau oligarchique d’Orbán en détournait une part remarquable tout en injectant juste assez dans l’économie réelle pour maintenir une croissance de 2 à 6 % par année. Pendant ce temps, l’état de droit s’effritait ; la presse était muselée ; les tribunaux, noyautés ; les droits des minorités, bafoués. Mais dans l’ensemble, l’économie ronronnait. Et la plupart des gens, qu’on le veuille ou non, votent selon leur perception de leur portefeuille. Beaucoup de Hongrois étaient prêts à fermer les yeux, minimisaient la........

© Le Devoir