Sauvons nos jeunes de la dystopie
Le Devoir vous invite sur les chemins de traverse de la vie universitaire. Une proposition à la fois savante et intime, à cueillir tout l’été comme une carte postale. Aujourd’hui, on se penche sur la violence et la fragilité à l’ère numérique.
On parle beaucoup de fragilité aujourd’hui, surtout dans le contexte de la santé mentale des nouvelles générations. Anxiété, isolement, détresse identitaire, angoisses climatiques et géopolitiques, polarisations sociales : les mêmes mots reviennent dans les écoles, les familles, les cliniques et les médias. Mais nous peinons encore à nommer ce qui se joue plus profondément. Nous traitons souvent la fragilité comme un accident individuel, une faiblesse à corriger, ou au contraire comme une identité à protéger de toute contradiction. Et si elle était plutôt au cœur de la condition humaine ?
C’est l’argument de mon essai Homo fragilis. L’être humain naît inachevé, dépendant du groupe, incapable de survivre seul. Nos gros cerveaux et nos corps longtemps vulnérables exigent d’être portés, nourris, protégés, bercés et éduqués par d’autres. Parce que nous sommes fragiles, nous avons inventé le soin, l’attachement, la morale, la transmission, la culture. Chaque génération n’a pas à réinventer seule les solutions à la survie : elle les reçoit, les transforme et les transmet.
Mais cette fragilité pose aussi deux problèmes très anciens.
Une ressource morale polarisante
D’abord, elle peut justifier des violences extrêmes au nom du bien, de la justice ou de la défense des faibles. Nous nous battons rarement en nous pensant méchants ; nous nous battons surtout en nous croyant menacés, blessés, humiliés, victimes et justes. Ensuite, la fragilité peut devenir une position avantageuse, mais qui comporte un piège : être faible, malade ou « victime »,........
