menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Le Salon de la femme

8 0
27.03.2026

J’ai été profondément choquée de constater qu’un événement à Montréal porte le nom de « Salon national de la femme ».

À la lecture de la programmation, on voit une série d’activités qui reconduisent une représentation profondément stéréotypée et superficielle de la féminité : coupes de cheveux gratuites, séances de clairvoyance, marchandisation intensive de produits de beauté, sans oublier des parades de chihuahuas costumés dans un luxe ostentatoire, frôlant le ridicule.

Ce dispositif événementiel semble entièrement structuré autour d’une image aliénante dont les femmes demeurent, encore aujourd’hui, largement prisonnières : celle de la femme-objet.

On y promeut une figure féminine centrée sur le soin de soi, poussé ici dans une forme d’extrémisme déconcertant. Le « bien-être » y devient une véritable novlangue : un vocabulaire lisse et consensuel qui sert à désigner, en réalité, une injonction à prendre soin à outrance de son apparence, sous couvert d’épanouissement personnel.

Ce glissement sémantique n’est pas anodin. Il contribue à masquer des logiques de réduction et de marchandisation du corps féminin en les rendant socialement acceptables, voire désirables.

Ce n’est pas le fait de valoriser le soin de soi qui est en cause, mais bien sa récupération dans un cadre qui réduit la condition féminine à une série de pratiques esthétiques et consuméristes.

Où sont les espaces consacrés à la réflexion sur l’engagement des femmes dans la société ? Où sont les discussions sur les rapports de pouvoir, les obstacles systémiques, et les réalités vécues dans un monde encore majoritairement structuré par des logiques masculines ?

Réduire la condition féminine à ces mises en scène superficielles constitue non seulement un appauvrissement du discours, mais également une forme de dépolitisation préoccupante.

Les femmes sont plus que des corps à entretenir ou à mettre en valeur. Elles sont des actrices sociales, politiques et économiques à part entière.

Nous méritons mieux que cela !


© Le Devoir