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Le retour des mots tabous

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11.09.2026

Dans toutes les religions primitives, il existe des tabous, notamment des tabous nominaux. Les noms de certains monstres sacrés ou de certains défunts ne doivent en aucun cas être prononcés. On y craint en règle générale qu’une telle prononciation n’ait le pouvoir d’invoquer ces êtres malfaisants ou ces âmes récemment décédées et de perturber ainsi l’ordre du monde. C’est le principe que désigne l’expression latine « lupus in fabula » : user d’un mot suffit à faire advenir la chose à laquelle il fait référence.

Après la polémique suscitée par la prononciation du mot « nigger » (comme exemple du phénomène bien connu en linguistique de « resignification subversive ») qui a secoué l’Université d’Ottawa en 2020, celle qui vient d’entacher le début de la campagne électorale québécoise autour du mot « squaw » révèle que nous voilà revenus au temps des mots tabous.

Dans les deux cas, ce ne sont pas les propos tenus qui étaient incriminés, mais l’utilisation d’un mot considéré comme raciste et insultant. Or, si l’on aborde cette question d’un point de vue rationnel, un mot ne peut pas plus être raciste qu’il ne peut constituer à lui seul une insulte, pour la seule raison qu’un mot n’a pas un sens arrêté et unique en dehors de son usage dans une phrase.

Donnons un exemple simple : le mot « ordure » peut devenir insultant si je qualifie quelqu’un de « sale ordure », mais il ne l’est évidemment pas si je dis que........

© Le Devoir