Il y a 150 ans, l’impasse du rapatriement
Nous sommes à la veille d’un anniversaire qui risque de passer inaperçu — et peut-être sans surprise, puisque l’anniversaire marque ce qui ne s’est pas produit.
En mars 1875, la presse québécoise annonce la nomination de deux fonctionnaires. L’avocat Jérôme-Adolphe Chicoyne est chargé de mettre en œuvre le programme de rapatriement des Canadiens aux États-Unis adopté à l’hiver. Il fera des Cantons-de-l’Est son terrain d’action. De l’autre côté des lignes, Ferdinand Gagnon, rédacteur d’un journal dans le Massachusetts, devient agent de rapatriement. C’est à lui que revient la tâche de faire rentrer au pays les familles émigrées.
L’émigration aux États-Unis n’a à cette époque rien de nouveau. Un observateur décrit déjà en 1826 un phénomène migratoire collectif. Le mouvement s’amplifie dans les années 1840, problème sur lequel se penche l’assemblée du Canada-Uni. En 1870, malgré quelques mesures déployées par le gouvernement Chauveau, ce sont au bas mot 100 000 personnes d’origine canadienne-française qui vivent sous la bannière étoilée.
À l’hiver 1875, profitant d’une profonde crise industrielle, l’Assemblée législative adopte une loi sur le rapatriement. Chicoyne et Gagnon se lancent rapidement dans leur travail de promotion. Aux exilés, le gouvernement offre une terre de 100 acres dans les Cantons-de-l’Est prête à être occupée, le colon étant toutefois responsable du coût du lot et de ses améliorations. Le Travailleur de Gagnon fait part d’une autre option : si le colon choisit de procéder sans les améliorations du gouvernement, il aura........
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