Porter et surmonter le deuil écologique
Le Devoir vous invite sur les chemins de traverse de la vie universitaire. Une proposition à la fois savante et intime, à cueillir tout l’été comme une carte postale. Aujourd’hui, on s’intéresse aux émotions que provoquent les dérèglements climatiques.
« Magnifiques ! » Le long des chaudes plages de sable blanc, on pouvait apercevoir dans l’eau peu profonde des centaines de jeunes strombes géants, ces escargots marins de grande taille dont la chair est un mets prisé par les populations locales des Bahamas et de l’ensemble des Caraïbes. Leurs coquilles scintillaient comme des joyaux roses dans la mer turquoise. « Il avait raison », fut tout ce que je pus articuler, encore incrédule, après être tombée par hasard sur ce paradis tropical.
J’ai ramassé une coquille et je l’ai retournée. S’est alors révélé le corps blanc crème, lisse et caoutchouteux d’un jeune strombe, muni d’un pied musculeux portant un opercule corné, d’un noir mat. J’étais folle de joie. Et puis… un horrible sentiment d’inquiétude s’est emparé de moi quand je me suis rappelé l’histoire que m’avait racontée mon oncle.
Cette histoire m’a incitée à devenir biologiste de la vie aquatique et m’a donné envie d’enseigner la conservation des océans à la jeune génération. Elle m’a également amenée à collaborer à un balado, Beyond Ecological Grief, diffusé sur la plateforme Canada’s National Observer. En tant que productrice exécutive, je me suis associée à Amy Romer, directrice et animatrice du balado, pour créer une série qui nous emmène aux quatre coins du Canada dans le but de faire connaître divers témoignages, dont le mien, sur l’anxiété climatique et la perte écologique, présentés à travers le prisme des cinq étapes du deuil d’Elisabeth Kübler-Ross.
Tout a commencé il y a plusieurs décennies, avec les souvenirs de mon oncle sur sa jeunesse aux Bahamas. Quand j’étais enfant, il me parlait souvent du « bon vieux temps », lorsqu’il était un petit garçon, dans les années 1970. À cette époque, les strombes étaient si abondants qu’il suffisait de s’avancer de quelques mètres en eaux peu profondes pour en ramasser des dizaines à marée basse. C’était comme cueillir des fleurs sauvages dans un champ.
Mais ces animaux, comme ce « bon vieux temps », ont pratiquement disparu. Victimes d’une surpêche massive, les strombes géants sont classés parmi les espèces menacées en vertu de la loi américaine sur les espèces en voie de disparition. Comme ils sont de plus en plus rares, les........
