menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Qui boit l’encre

19 0
monday

Je suis passée cueillir vos petits mots. Vous avez à nouveau répondu à l’appel, celui du 3 août dernier, où, par le biais de cette chronique, je vous demandais de me raconter le dernier scintillement de la délicatesse dans vos vies, en ajoutant : « Osons le papier. » Et vous avez joué le jeu, fidèles à vos habitudes.

J’ai récupéré toutes vos lettres manuscrites, ornementées de ces petits motifs lumineux, habillées de cette calligraphie délicate. J’ai rapporté mon petit paquet de choses précieuses à la maison, à l’autre bout de l’autoroute 10, l’ai posé sur la table de la cuisine et ai dégusté chacune des petites perles d’humanité que vous aviez formulées sur tous les types de papier imaginables, et, même, parce que vous êtes aussi drôles, sur des menus de cantine. En vous lisant, j’ai éprouvé cette émotion particulière qui m’attrape souvent sur ma chaise de psy ; comme une impression de joie qui rappelle l’enfance, par sa fulgurante simplicité, mêlée d’un sentiment d’urgence qui voudrait que le monde entier sache, à l’instant même, qu’il y a tant de beau qui réside encore dans les gens. Devant la beauté que je reçois, je me sens souvent débordée d’un savoir qui se transmet encore trop difficilement, trouvant mal sa place aux côtés des débats qui animent un monde qui s’ignore si souvent lui-même. J’aimerais si souvent qu’on voie les gens comme moi j’ai le privilège de pouvoir les voir, quand ils se confient, quand ils arrêtent de commenter pour se livrer, quand ils arrêtent de présenter au monde la face cuirassée de leur peau et que, soudain, quelque chose de leur vrai visage fait irruption.

Chaque fois, je suis prise par ce qui pourrait probablement s’approcher du fameux « sentiment océanique » décrit par Romain Rolland dans sa correspondance avec........

© Le Devoir