Mourir de chagrin
Est-ce bien possible ? Au-delà de nos inclinaisons romantiques, de nos désirs d’idéalisation des manières de nous relier entre nous, les humains, peut-on réellement, biologiquement, je veux dire, mourir de chagrin d’amour ? Mourir de perte ? Mourir de ne plus pouvoir jeter du sens sur cette chose aux contours si flous qu’on appelle l’existence, une fois que l’être aimé nous a quitté, au point où l’on en mourrait ?
C’est ainsi que l’autrice et réalisatrice Marjane Satrapi aurait quitté ce monde cette semaine, nous réinvitant tous et toutes à la retrouver de nouveau, jusque dans sa manière de mourir, dans cette composition d’elle-même absolument unique, qui conjugue quelque chose de la plus pure des candeurs à la profondeur la plus noire. C’est du moins la manière dont sa famille a rendu compte de son départ, disant qu’elle serait « morte de chagrin un peu plus d’un an après le décès de son mari, Mattias Ripa ».
Et par une forme de synchronicité étrange, c’est aussi précisément de ce phénomène qu’une femme m’a parlé cette semaine, dans un échange suivant une activité littéraire, tandis qu’elle me racontait les décès successifs de ses deux parents, l’un s’étant carrément laissé mourir, peu de temps après le départ de l’autre. Il fallait nous voir, toutes les deux, elle à me raconter, moi à ne pas retenir les larmes, touchée que j’étais à la fois par la cruauté de ce double deuil, mais aussi par la puissance de cet amour, « si violent, si fragile », selon ces vers de Prévert qui me viennent souvent en tête.
La presse internationale a, peu de temps après le décès de Marjane Satrapi, évoqué ce « syndrome du cœur brisé », nommé aussi tako-tsubo, véritable phénomène biologique, qui se résumerait brièvement par une réaction........
