menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Les chutes lentes

47 0
22.03.2026

Ils disent presque tous la même chose. C’est ce qui me frappe. Peu importent les visages que j’ai devant moi, le local où on me reçoit, la demande précise qu’on m’a faite ce jour-là, je récolte presque toujours les mêmes mots, à quelques variations près, si infimes qu’elles ne sont même pas notables. Ma question de départ, quand je vais à leur rencontre, est toujours la même, fort simple : « Qu’est-ce qui vous fait vivre le plus de souffrance dans le cadre de votre travail ? »

Et alors, toujours, peu importe le nom qu’ils donnent à leurs « bénéficiaires », « apprenants », « personnes atteintes », « personnes désaffiliées », « participants » ou autres « aidés » — ce n’est jamais le mot « client » déjà —, ce ne sont jamais elles, ces personnes à qui ils viennent en aide chaque jour, qu’ils tiennent pour responsables de ce qui les fait souffrir dans leur travail.

Je les invite à la mettre en mots, cette souffrance, dans ce tour de parole qui a souvent cette tendance à excéder le temps qui lui était imparti, tellement il y en a à dire. Non, tous, ils parlent d’abord et avant tout de nos systèmes. « Violents », « déshumanisés », « absurdes », « désabusés », « rigides », « brisés » sont les mots qu’ils ont le plus souvent en bouche pour parler de ce que sont devenus nos systèmes de prise en soin des humains qui composent notre société, dans ces moments ou leurs configurations de vie ne sont pas favorables.

C’est d’un effondrement accéléré de nos immenses structures institutionnelles qu’ils me parlent tous, quand ils essaient de déposer du sens autour de décisions qui n’en ont........

© Le Devoir