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Le bal des mal-aimés

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21.06.2026

Elle me revient chaque année, cette pensée, toujours à la même période, tandis que nos fils d’actualité s’emplissent d’images des couronnements divers de notre jeunesse : Méritas, bals de finissants et autres remises de diplômes. Tout à côté de la vraie joie partagée face à toute cette fierté parentale légitime, j’éprouve aussi, chaque fois, ce pincement au cœur, devant notre tendance tout de même massive à invisibiliser, collectivement, tout ce qui ne se vit pas sur le versant triomphant des choses.

En phase avec l’Occident, et, même, de plus en plus trempés que nous sommes dans la culture de nos voisins du Sud, nous aimons nous rassembler uniquement autour de ce qui brille, de ce qui réussit, de ce qui constitue l’achèvement du parcours, évacuant de nos rituels les échecs, les douleurs et les pertes. De la maternelle à la fin de l’université, comme si passer de 5 à 25 ans se résumait strictement à « réussir », nous ne célébrerons de ces grandes traversées que les moments où il y aura eu victoire.

Nous aimons tant les récits de persévérance, les photos de belles robes de bal et de confettis virevoltant autour de nos mortiers lancés haut dans les airs que nous oublions de regarder dans nos rétroviseurs tous ceux et celles que nous avons abandonnés sur le bas-côté de la route du succès individuel.

Or, pour moi, comme pour probablement beaucoup de mes collègues qui travaillent en santé mentale jeunesse, nous qui recevons dans nos bureaux des adolescences hachurées, brisées, humiliées, négligées, il devient presque impossible, à chaque mois de juin, de ne pas penser à nos « mal-aimés », à nos échappés de ce système d’éducation tenu à bout de bras par des humains à bout de souffle.

Négligé politiquement, économiquement, socialement depuis........

© Le Devoir