Chronique | Nos invincibles étés
Parfois, il arrive que nous soyons suffisamment chanceux pour que s’alignent, devant nous, plusieurs journées où les horaires ne seront régis par rien d’autre que le rythme incivilisé de nos corps. Alors, il y aura peut-être en nous quelque chose comme un grand festival organisé autour de ces simples « retrouvailles avec soi », ce soi qui nous raconte quelque chose fait d’enfance, de ce rapport direct aux choses, dépouillé soudain de tout le fatras dont nous habillons sans cesse nos identités pour évoluer dans un monde où il s’agit souvent de présenter une apparence adéquate aux autres pour gagner sa place, son appartenance, son droit d’exister.
Si nous sommes privilégiés, c’est-à-dire avec un boulot qu’on peut mettre en pause, le temps de recharger nos batteries de soleil, de tendre nos ventres aux rivières, aux lacs, et même, pourquoi pas, aux mers qui habillent encore notre pauvre Terre malmenée, alors on retourne peut-être à ces toutes petites particules élémentaires dont nous sommes constitués, fondamentalement. Nous sommes faits de si peu de choses, au fond. Quand on retrouve ce temps premier de nous, comme revenus au matin de toute chose, seuls devant les paysages qui nous bouleversent de leur survivance, malgré toute la violence répétée qu’on leur fait subir depuis tant d’années, chaque fois, il y a, en nous, comme un enseignement.
Chaque été, chaque fois que je peux retrouver en moi le rythme organique de ma vie, celui qui existe en dehors de cases horaires qui, toujours, continueront de faire violence à ma nature, je me souviens de comment je me suis encore un peu trahie dans l’année qui s’éteint derrière, avec, en elle, tous ses stress, ses engagements multipliés et cette satanée pression que je pensais avoir su maîtriser mieux, en m’en imposant moins. Je ne me sens ni........
