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Apprendre la paix dans une salle en feu

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10.06.2025

Je suis étudiante en relations internationales. J’apprends la paix dans des salles climatisées, tandis que les peuples s’effondrent dans des présentations PowerPoint calibrées. À l’écran : une carte muette, un conflit codé, un État failli en couleur pastel. Dans l’air : des mots savants, polis, désincarnés. Sécurité collective. Souveraineté westphalienne. Responsabilité de protéger.

On nous enseigne les fondements des relations internationales avec rigueur : Hobbes, Kant, Waltz, Morgenthau, Mearsheimer. Des piliers, certes, mais ancrés dans une vision du monde forgée dans le fracas des guerres européennes et les calculs des empires.

Je ne les rejette pas. Je les lis. Je les comprends.

Mais à mesure que les crises s’empilent : climatiques, coloniales, identitaires… Leur langage me semble de plus en plus inadéquat. Comme si l’on rédigeait un protocole pendant que la pièce prend feu. La dissuasion nucléaire ou le dilemme de sécurité n’expliquent pas pourquoi, aujourd’hui, des peuples s’effondrent en silence alors que d’autres débattent du cadre analytique le plus approprié.

On nous enseigne les paradigmes comme on apprend l’alphabet d’un monde qui ne nous a jamais reconnus comme auteurs. Réalistes, libéraux, constructivistes : les grandes écoles. Mais on survole. Toujours. Comme des drones intellectuels : survoler sans jamais atterrir. Faire des morts en bas de page, des réfugiés bibliographiques. On ne retient rien. Ou plutôt : on retient ce qui convient au pouvoir. On moule les idées critiques pour les rendre digestes : on met Spivak en source de bas de page, mais on ne l’écoute pas. On cite Fanon, puis on retourne à Fukuyama, comme si l’histoire avait bel et bien fini sa course.

Et le plus tragique ? C’est que ce survol est devenu système. La pensée critique, elle, s’efface. Pas par fatigue. Par stratégie.

Au Québec aussi, les sciences sociales sont en péril. On leur préfère l’économie d’innovation, la techno-gouvernance. À coups de........

© Le Devoir