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À publier sous réserve

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03.08.2026

Je ne sais plus exactement à quel moment mes phrases ont commencé à changer avant même de rencontrer un lecteur. Ce n’est pas arrivé le jour où l’un de mes textes n’a pas été publié. Ni le jour où j’ai compris que certaines idées circulaient plus facilement que d’autres. C’est arrivé beaucoup plus discrètement. Une phrase est devenue moins incisive. Un mot a remplacé un autre. Une conclusion s’est faite plus prudente. Puis une autre.

J’avais l’impression de gagner en nuance. Je me demande aujourd’hui si je n’étais pas simplement en train d’apprendre le prix des mots.

Personne ne m’avait demandé de les modifier. Aucun rédacteur ne m’avait téléphoné. Aucun professeur ne m’avait convoquée. Et pourtant, quelque chose négociait déjà à ma place.

Pendant longtemps, j’ai cru que le pouvoir résidait dans la capacité d’interdire. Je crois désormais que c’était une définition rassurante. Elle nous permettait de reconnaître facilement nos ennemis. Il suffisait de chercher la prison, la censure, le bâillon, le policier. Le pouvoir contemporain est infiniment moins théâtral. Il préfère une autre victoire. Il nous laisse parler, puis organise lentement le monde de manière que certaines paroles deviennent trop coûteuses.

Je croyais que ma liberté dépendait de mon courage. Je découvre qu’elle dépend aussi de mon compte bancaire.

Cette idée m’a longtemps dérangée parce qu’elle semblait réduire la politique à une simple question matérielle. Puis j’ai compris que c’était exactement l’inverse.

La politique commence peut-être là où nos besoins cessent d’être privés. Le jour où un logement devient inaccessible, où un contrat devient précaire, où un financement décide de la survie de mon mémoire de maîtrise, où un statut migratoire suspend une vie entière, la nécessité cesse d’être une affaire........

© Le Devoir