De la liberté éditoriale
Depuis un demi-siècle, Lettres québécoises accompagne l’actualité littéraire par son cahier Critique, véritable épine dorsale du périodique, et par ses dossiers sur des écrivaines, des écrivains ainsi que sur des enjeux cruciaux du milieu littéraire. Depuis sa création, et encore plus aujourd’hui, la revue met de l’avant la critique et la création littéraire sous toutes ses formes et elle adhère à des principes comme la rigueur, mais aussi la diversité, l’équité et l’inclusion. Ces trois derniers principes sont au cœur du projet éditorial du périodique et des décisions prises par l’équipe ; nous pourrions même dire qu’ils fondent la ligne éditoriale de la revue. C’est cette même ligne qui a guidé les membres de l’équipe tout au long de la préparation du dossier « Voix d’éditrices » du numéro 202, qui paraîtra le 15 septembre prochain.
D’abord, l’objectif de ce dossier a toujours été clair pour nous : célébrer des éditrices québécoises, en les invitant à réfléchir à leur pratique professionnelle en tant que femmes cis et trans et personnes non binaires. Pourquoi ? Simplement parce que ce domaine a longtemps été consacré aux hommes. L’histoire de l’édition des femmes au Québec n’a que cinquante ans, elle est très jeune. Cela dit, l’objectif de ce dossier n’a jamais été de remettre en question les identités de genre de ses collaboratrices ni de (re)définir ce que signifie être femme.
C’est un fait : chaque périodique, maison d’édition, média et librairie construit son identité, son champ de spécialisation à travers les textes qu’il choisit ou non de diffuser. Il y a une immense différence entre la constitution d’une ligne éditoriale et la censure ; définir une ligne éditoriale, c’est assumer une vision du monde et les responsabilités inhérentes à celle-ci.
Ainsi, notre décision de ne pas publier le texte de Marie-Madeleine Raoult dans ce numéro vient de cet engagement et d’une sensibilité, que nous partageons, par ailleurs, avec les autres personnes qui se sont mobilisées au sein du milieu littéraire et culturel à la suite de l’annonce de la parution du manifeste Une femme est une femme est une femme. Nous faisons partie de communautés marginalisées et d’alliés qui soutiennent les groupes de personnes plus........
