La détresse de la pauvreté et de l’isolement
Aujourd’hui, je ressens le besoin de partager mon témoignage. Non pas pour diviser, mais pour apporter un point de vue souvent oublié dans le débat actuel sur la notion de « privilèges » et de réussite : celui des coulisses de la pauvreté et de la violence familiale.
J’occupe aujourd’hui un bon emploi dans une entreprise bien en vue. De prime abord, on dira en me voyant que je suis une femme privilégiée.
Mais laissez-moi vous montrer l’autre côté de ma médaille. Je suis née en 1969. Ma mère venant d’une famille dysfonctionnelle à certains égards, on l’a retirée de l’école en 7e année pour qu’elle puisse s’occuper de ses frères et sœurs plus jeunes. Elle a épousé en 1968, à tout juste 19 ans, mon père qui en avait 11 de plus. Mes parents ont été mariés en tout et pour tout trois ans, leur mariage ayant été annulé par le pape pour cruauté mentale et physique en 1976. Entre ces deux dates, notre quotidien a été un enfer.
La violence a été assez grave pour que ma mère se retrouve notamment avec la mâchoire cassée. Comme elle était sur l’aide sociale pour nous élever, ses trois enfants dont j’étais l’aînée, ce n’est qu’à la fin des années 1990 qu’elle a eu les moyens de faire réparer ses dents. Pour ce faire, il a fallu lui recasser la mâchoire. Mon enfance dans ce contexte, ça a été un nombre incalculable de déménagements, parfois deux par année. Avec les changements d’école, d’amis, d’environnement qui en ont découlé.
Mon père est décédé en 1979, tout juste une semaine après l’anniversaire de mes dix ans. En Cour, sa famille a réclamé les assurances. Sous prétexte qu’il n’avait jamais payé de pension alimentaire, nous ne pouvions rien réclamer, même si nos parents étaient mariés au moment de nos naissances et que notre père avait signé pour nous reconnaître. À sa mort, nous étions avant la modification de la loi sur la famille de 1980. Devant la justice, nous n’étions rien. À la limite, nous aurions........
