La fille qui ne pleurait jamais
Une des choses que je préfère du métier d’éditrice, ce sont les rencontres humaines qu’il me permet de faire. Avant qu’un livre n’atterrisse dans vos mains, il y a un long processus, qui prend environ un an et demi, parfois plus. Les auteurs sont souvent pressés, ils ont hâte que leur livre sorte, et je les comprends — c’est pareil pour moi quand je porte mon chapeau d’autrice.
Durant le processus éditorial, un lien se développe entre l’auteur et son éditrice. L’édition n’est pas une science exacte ; il faut s’assurer que la vision qu’on a du texte et la direction qu’on projette de lui donner concordent avec celles de l’auteur.
J’ai observé que les meilleurs écrivains — ceux qui ont un talent éclatant, un imaginaire et une voix uniques — sont généralement ceux avec qui c’est le plus agréable et facile de travailler. Ceux qui en arrachent un peu plus sont souvent prompts à remettre en question les règles du langage et à tordre la syntaxe…
Dans les bulles-commentaires et les annotations, un dialogue s’établit au fil des différentes versions du manuscrit. Au cours de cet échange, deux sensibilités s’apprivoisent. Au bout du processus, quand le livre entame son voyage dans le monde et que le travail éditorial prend fin, on comprend parfois que, dans les notes en marge du texte, une amitié est née.
Les écrivains, même quand ils n’écrivent pas dans le registre autobiographique, se dévoilent beaucoup. En lisant leurs livres, on découvre les sujets qui les préoccupent, les fascinent ou les obsèdent, une manière d’appréhender la vie, de résoudre les problèmes, d’habiter le monde. Les mots qu’ils choisissent et le ton qu’ils adoptent en révèlent........
