Lettre au bébé qui vient de naître
L’autrice est chercheuse et professeure en relations internationales. Elle est la maman d’Aïna (trois ans) et de Zoya (presque deux semaines).
Chère Zoya, nous t’avons conçue dans un monde en effondrement. Dans un monde génocidaire, écocidaire, meurtri par ses épreuves, écorché par ses erreurs. Notre état de droit n’est pas tout à fait démantelé, mais le toit coule. Nous t’avons accueillie dans un monde où ton nom ismaïli pourrait être un boulet. Un monde où tu devras te battre pour que tous aient les mêmes droits, pour que personne ne soit laissé-pour-compte. Parce que nous t’avons conçue dans un monde où l’empathie est vue comme un défaut plutôt qu’une force.
Mais nous t’avons désirée quand même, comme nous avons désiré ta sœur, Aïna, née quelques années avant toi. Nous t’avons conçue dans un monde où il y a encore beaucoup de beautés et de résistances. Après chaque sieste, quand tu te réveilles au bruit de ta sœur qui crie ton nom, inspire-toi de ces personnes qui se battent pour rendre ce monde un peu meilleur. Inspire-toi de celles qui pensent encore que les fissures de ce monde peuvent être réparées.
Chère petite grenouille, je sais que tu seras forte. Même si, quand tu n’étais qu’un petit raisin dans mes entrailles, les médecins m’ont dit que tu aurais peut-être une maladie incurable. Une maladie génétique dont l’espérance de vie oscille de sept à dix jours. Dr Caron a pris une voix douce pour me dire qu’un chromosome 13 supplémentaire s’était peut-être glissé........
