Éditorial|Les failles béantes du BEI Louise-Maude Rioux Soucy
Le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) a fêté samedi ses dix ans. Dans un monde idéal, on aurait marqué le chemin parcouru d’une pierre blanche en saluant son indépendance. On aurait célébré son impartialité conquise en enchaînant les pratiques exemplaires. On se serait réjoui de sa transparence affichée comme un trophée à sa boutonnière. Dans le monde réel toutefois, les trois mots qui reviennent comme un mal lancinant lorsqu’il s’agit de faire le bilan de cette première décennie traduisent exactement l’inverse.
Qu’on en soit encore à se désoler de la dépendance, de la partialité ou de l’opacité du BEI est à la fois un comble et une calamité. Ce corps de police spécialisé n’est pas né d’une lubie, mais d’une nécessité : intervenir, avec « impartialité et transparence », précise la Loi sur la police (LSP), chaque fois qu’une personne meurt ou est blessée par un policier lors d’une intervention. C’est, en théorie, notre meilleure assurance collective contre l’impunité policière.
En pratique, c’est beaucoup plus compliqué, au point que le BEI peine toujours à porter son nom.
Depuis sa mise en activité, il n’a pourtant pas chômé, menant 493 enquêtes. Son modus operandi est quasi impossible à percer pour le public tant il est entouré de secret : son enquête bouclée, le BEI refile en douce la patate chaude au Directeur des........
