Des toutous à la boxe
C’était un dimanche tranquille. Les enfants étaient allés suivre un atelier de gardiennage offert dans une école secondaire du voisinage. En plus d’un lunch, on leur avait demandé d’apporter une poupée ou un toutou pour les exercices pratiques : comment prendre et tenir bébé, intervenir en cas d’étouffement, etc. Un porc-épic (!) et une loutre de mer ont ainsi repris du service.
À la fin de la journée, ils avaient beaucoup appris, mais dépensé peu d’énergie. Le souper en famille s’en est ressenti. Même après s’être acquittés de quelques menues corvées reconnues pour leurs vertus calmantes, comme débarrasser la table et remplir le lave-vaisselle, ils avaient encore trop de gaz dans le réservoir pour ne pas encombrer la cuisine. Faisant alors un père de moi, d’une voix qui avait presque des accents d’autorité, j’ai dit : « Vous avez le choix : vous pouvez aller vous tirailler dehors ou enfiler les gants de boxe… »
Ils ont choisi les gants.
Par le plus grand des hasards, je venais de relire un roman reçu en service de presse à l’époque où je chroniquais encore la littérature : Ce que cela coûte, de W. C. Heinz, paru chez Monsieur Toussaint Louverture en 2019. Il s’agit d’une traduction franco-française, et ceux que hérisse déjà l’idée d’un journaliste sportif vouvoyant, au gymnase, un boxeur plus jeune que lui feraient mieux d’aller lire The Professional, la version originale, publiée en 1958. On peut parler d’un classique, à la fois de la littérature pugilistique et des lettres américaines.
Le roman de Heinz exprime avec lucidité et retenue, dans toute sa crudité, la........
