Jacques Cardinal et la mémoire des morts
Mourir sans laisser de traces, de sa vie comme de sa mort, revient presque à n’avoir jamais existé. C’est le rôle du rituel funéraire et de l’histoire de dire : cela, cette personne, ce peuple, a existé, et voici l’héritage qui s’ensuit.
Faire mémoire des morts, en leur élevant des monuments, en se souvenant de leurs noms, de leurs paroles, permet à une personne, mais aussi à une communauté de raffermir son identité narrative en lui donnant une fondation, lui permettant ainsi de vivre solidement dans le présent et de se projeter dans l’avenir.
Deux obstacles se dressent sur le chemin de cette mémoire ritualisée des morts : l’oubli, qui nous prive d’un socle fondateur — d’où venons-nous ? — et le deuil insurmonté, qui nous enferme dans un état de mort-vivant, indigne du legs que les morts souhaitaient nous transmettre. Il faut savoir gérer la mort pour que la vie de ceux qui ont vécu et celle de ceux qui les suivent ait du sens.
Je tire ces réflexions de ma lecture du plus récent essai de Jacques Cardinal, Le deuil en héritage (L’Action nationale, 2025, 152 pages). Professeur honoraire de l’Université de Montréal, Cardinal est un brillant critique littéraire. Ses fines analyses du corpus québécois sont portées par un style d’une rare élégance. On lui........
