La tour de nos beaux jours
Ils ont réussi. Ils se sont installés ailleurs. Dans une tour. Une tour qui ressemble à celle où j’allais voir mon grand-père à Angers, dans l’ouest de la France. C’est de là que vient mon père. Quand j’étais petite et que l’on voyageait l’été du Québec jusqu’à l’autre bord de l’Atlantique, on allait souvent lui rendre visite. Dans une tour où il avait son appartement. Une tour avec un ascenseur, une guérite à l’entrée du parking (comme disent les Français) et une barrière sous laquelle mon frère s’est déjà coincé les doigts. Je ne sais pas bien comment il a fait son compte, même si on a dû me le raconter deux cents fois.
Moi, j’avais déjà foncé dans la baie vitrée en pensant que la porte était grande ouverte. Faut croire que mon frère et moi étions une sorte de numéro de cirque. J’avais dévalé les quelques marches du hall avec la fougue que l’on connaît des enfants, toute cette innocence de croire encore la vie, pour finir étampée le nez dans la porte-fenêtre. Elle m’avait sauté en pleine face, sous le regard évidemment hilare de mon frère, m’arrêtant net dans mon élan… Tu sais comment sont les obstacles.
Cette tour aux mille pièges abritait donc mon petit grand-père, qui y vivait seul depuis des années, ayant perdu sa jolie femme bien trop tôt. Ma tante s’occupait de lui, et puis il y avait nos visites. Celles de son seul fils qui avait marié « une........
