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Le bonheur, c’est comme l’eau

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04.06.2026

J’ai commencé mon été le week-end dernier en montant dans le Nord pratiquer le néodruidisme, une célébration celte qui s’attarde aux plantes et à la lune. C’était la lune bleue, dimanche, celle qui arrive rarement, comme dans l’expression « once in a blue moon ». J’ai remis la toune de Willie Nelson avec sa fille Paula au moins 15 fois avant d’arriver au dépanneur pour acheter des Pall Mall (je ne fume pas, mais ça éloigne les mouches noires). Je chantais Have you ever seen the rain sous une petite pluie fine :

« When it’s over, so they say

It’ll rain a sunny day

I know, shinin’down like water »

(Si quelqu’un veut la faire en duo au karaoké avec moi, je suis down jusqu’à Sainte-Agathe.)

Une route sinueuse qui contourne des lacs, de la musique country, un dep de région avec des gars accotés sur leur pick-up en train de se péter de la broue et t’as déjà une chanson. Dans le temps des 33 tours, on disait que tu faisais tourner le disque à l’envers et le gars retrouvait son chien Hank, sa blonde lui pardonnait tout et son vieux Ford redémarrait. La vie d’un cow-boy est plus sereine à l’envers, mais ça ne fait pas de bons refrains.

À l’endroit, ça donne des titres de tounes comme (When Your Phone Don’t Ring) It’ll Be Me. Imagine si le silence avait un nom et la sainte paix, une page de remerciements.

Faque (j’ai le droit, c’est dans le dico !), faque, dis-je, j’ai cueilli des bourgeons de sapin baumier parce que Marie veut fabriquer du sirop pour tuer ma prochaine sinusite (ils vendent ça 25 $ les 30 capsules chez Avril) sans savoir qu’elle pratiquait le néodruidisme pragmatique sous la pleine lune. Je lui ai lu l’article dans Le Monde, à ce sujet ; l’infiniment petit avec feux de joie et formules celtiques a la cote, du moins en Bretagne, tout près des menhirs d’Obélix.

Nous avons décidé d’un commun accord que le macro en arrachait trop ; aussi bien se rabattre sur le micro, les trilles de la forêt, le mélilot du bord de chemin, « l’or des lutins » (on en rit encore, de celle-là). Nous ne contrôlons que ce qui est à portée de main. Et ça dépend de la lune.

« Je soupçonne plutôt qu’au cœur de la consommation de tout ce qui est western se trouve un besoin de sens et de connexion — un besoin de retourner à quelque chose de plus vrai. » Clara Champagne, « Nouveau........

© Le Devoir