Les scalpés
À l’explorateur Jacques Cartier, le chef Donnacona donne à visiter Stadaconé, ce que ses visiteurs européens appellent un « village », un mot qui en dit peut-être davantage sur leur propre regard que sur la réalité qu’ils découvrent. Le chef va présenter à Cartier « les peaux de cinq têtes d’hommes étendues sur du bois comme des peaux de parchemin ». La chevelure, signe de puissance chez tant de peuples, est levée du crâne du vaincu pour que d’autres que lui puissent s’en attribuer le symbole.
Dans de nombreuses sociétés en guerre, en Amérique comme ailleurs, on conserve cette partie du corps de l’ennemi pour attester une victoire, humilier l’adversaire et acquérir un prestige par association. En Amérique, des squelettes qui datent de bien avant l’arrivée des Européens portent des traces de découpe compatibles avec l’enlèvement du cuir chevelu.
Pendant des siècles, les Européens ont présenté le scalp comme la preuve de la prétendue barbarie des Autochtones. Pourtant, plusieurs autorités coloniales ont encouragé cette pratique. Les peaux garnies de cheveux étaient prélevées à froid dans le feu de la bataille, puis préparées pour la conservation en étant raclées, tendues, peintes, puis attachées à des gaules de bois avant d’être exhibées publiquement comme trophées.
L’historien Jean-François Lozier a montré qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles, les autorités coloniales françaises offrent, à plusieurs reprises, des récompenses aux guerriers autochtones qui leur apportent des chevelures ennemies. Les premières primes portaient même sur des têtes entières.
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