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La fin des requins

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22.03.2026

Le gros requin bouledogue mesure jusqu’à 3,40 m. Il pèse plus de 200 kg. Rien de très rassurant. Une masse compacte, silencieuse, visqueuse, qui glisse dans l’eau sans prévenir…

Or une étude récente consacrée à ces requins, menée notamment par la University of Exeter et publiée dans la revue Animal Behaviour, vient ébranler la représentation bien ancrée que nous nous faisons de ces carnassiers.

Pendant six ans, des chercheurs ont observé près de 200 de ces requins dans une réserve marine des Fidji. Ils ont appris à les reconnaître, à les distinguer les uns des autres, à noter leurs présences, leurs interactions.

Je ne peux m’empêcher d’entendre dans ma tête Charles Tisseyre articuler, comme dans son émission, Découverte, un très sonore « fas-ci-naaant ».

Mais revenons à nos requins.

Cette étude révèle un décalage frappant entre le mythe du prédateur solitaire — façon grand requin blanc de Jaws — et des existences en réalité beaucoup plus sociales. De quoi troubler nos représentations habituelles, et peut-être même la manière dont nous croyons reconnaître la violence.

La figure du requin représente dans nos sociétés une ombre portée de nos propres peurs. Elle renseigne moins sur lui que sur nous. En fait, elle agit plutôt comme un écran sur lequel nous projetons ce que nous redoutons sans le nommer.

S’y loge une peur ancienne, presque abstraite, à laquelle nous donnons un corps. Des menaces simples, lisibles, dont le pouvoir se sert pour ordonner le monde et justifier son emprise. D’un côté, les bons. De l’autre, les........

© Le Devoir