Idées|Ça prend du temps et de la patience pour faire un Québécois Jamil
Le Québec m’a sauvé la vie. Pierre Falardeau avait tort, parce que le monde « sont mal montrés ». Ça prend du temps, faire un Québécois…
Déraciné à trois reprises, père musulman, mère catholique, ex-femme mormone… Né à Sainte-Justine, dans Côte-des-Neiges, à l’ombre de la croix du mont Royal, j’ai fait mes premiers pas au Caire, à l’ombre des pyramides. À l’âge de 5 ans, je rentrais en maternelle, à l’ombre de la tour Eiffel. À l’âge de 10 ans, je pleurais toutes mes nuits les amitiés « à la vie, à la mort », déchirées sans égards, à l’ombre de l’hôtel Ritz-Carlton, celui de Casablanca, celui qui, comme le rêve américain, n’a existé qu’au cinéma…
Entre la misère des bidonvilles, aux toits et aux murs de tôle ondulée, aux planchers de terre battue, et les villas aux robinets plaqués or (ce n’est pas une image), entre Mercedes et carrioles tirées par des chevaux qui écument, je trouvais refuge dans le kif et le haschich en écoutant Crosby, Stills, Nash & Young, Yes, Genesis, King Crimson, Gentle Giant, les Stones, Cat Stevens, Janis Joplin, Carole King, The Doors, etc., accroupi dans le coin d’une pièce tamisée, que ce soit celle d’un vieil immeuble usé près du stade ou une chambre d’un connard de fils à papa d’un quelconque millionnaire, ou encore celle où on partageait tout dans les bidonvilles casablancais, notre musique était la même… Presque la même qu’ici.
Nous écoutions ces musiques de tout notre être pendant des heures, sans bouger. Nous rêvions d’être des hippies. Nous étions « peace and love ». Nous n’avions que........
