Point de vue|La réflexion sur notre nation Gérard Bouchard
À partir de la décennie 1990, une génération d’intellectuels a animé un intense débat autour de l’état et de l’avenir de la nation québécoise, considérée dans son ensemble. Celle-ci était alors en pleine transformation sous l’effet de nombreux facteurs, principalement la grande ouverture à l’immigration et la diversification qui s’est ensuivie, l’essor du néolibéralisme, qui menaçait de fractionner nos vieilles solidarités, et la mondialisation, grande source d’inconnu, annonciatrice d’autant de biens que de maux. On peut y ajouter le nouvel horizon qui s’ouvrait à nouveau à la souveraineté.
Le néonationalisme issu de la Révolution tranquille arrivait à son apogée : le temps semblait venu de tenir un autre référendum et de réaliser le vieux rêve de l’indépendance.
Sans surprise, venant après l’échec de 1980, l’entreprise suscitait les mêmes questionnements, les mêmes désaccords. Quelle serait la réaction d’Ottawa ? Quel type de société allait naître ? De quelles valeurs s’inspirerait-elle ? Qu’adviendrait-il des politiques sociales ? Quel rôle y joueraient les métropoles, les régions ? Quelle y serait la place des non-francophones, des immigrants, des Autochtones ? Comment penserait-on la croissance de son économie — serait-elle aux prises avec une guerre commerciale ? Quelle forme prendrait le futur lien avec le Canada ? Comment se poserait la nouvelle nation par rapport aux États-Unis, à l’Europe et au monde ? Comment arriverait-elle à s’y faire une place ?
Une grande partie de ce questionnaire a été mise en retrait après 1995. Mais la réflexion, les débats sur la nation continuèrent : comment réaliser l’intégration dans la diversité, notamment la diversité religieuse ? Comment sauvegarder les........
