Les souverainetés
J’avais sept ans en 1995. Je ne suis pas la mieux placée pour savoir comment le mot « souveraineté » résonnait dans le cœur des gens qui avait la majorité au dernier référendum — les plus jeunes auront 50 ans l’an prochain. Mais je crois utile de prendre le temps de nommer ce que veut dire d’instinct le mot « souveraineté » pour une femme socialisée politiquement qu’au 21e siècle.
Partons du plus concret. La montée de la misogynie, de l’homophobie et de l’intolérance chez les jeunes, particulièrement les jeunes garçons, est la démonstration du pouvoir délétère de l’économie algorithmique. Dit simplement : nous, comme société, sommes de plus en impuissants à transmettre les valeurs que l’on voudrait aux jeunes générations. Une poignée de milliardaires des GAFAM ont le pouvoir de saper le mandat des services publics nationaux d’éduquer et de soutenir la jeunesse. Ça me semble une attaque frontale à la souveraineté.
La question va au-delà de la jeunesse. Le modèle d’affaires des grandes plateformes carbure à l’indignation et à la colère (rage farming), ce qui a amplifié la polarisation, la discorde sociale et les formes violentes de radicalisation dans la dernière décennie. Pour se démarquer, les élus cherchent le clip qui générera du trafic en ligne, quitte à ce que l’honnêteté intellectuelle prenne le bord. Les médias traditionnels, pour tirer leur épingle du jeu, entrent souvent dans le bal à leur tour.
Résultats : les règles du jeu dictées par les GAFAM ont bouleversé nos cultures démocratiques. Là aussi, il y a une perte majeure de........
