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Le choc en retour

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22.01.2026

En août 2024, je commençais une chronique par une longue citation de Discours sur le colonialisme, d’Aimé Césaire (1955), selon laquelle chaque fois que la violence abjecte du colonialisme s’abat sur les populations du monde « et qu’en France, on [l’]accepte », il y a « le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent ».

Après avoir écouté le discours prononcé par Mark Carney à Davos, il me prend l’envie de citer le paragraphe suivant, issu du même essai : « Et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets. »

Énormément de définitions du fascisme sont portées ces jours-ci par des gens soucieux de comprendre la manière dont l’état du monde se déstabilise. Césaire le présentait comme un phénomène assez simple : ce sont les méthodes développées d’abord dans les colonies, avec l’approbation ou dans l’indifférence d’une grande partie du monde « civilisé », déployées ensuite sur les métropoles.

Et comme la violence politique a disposé d’un vaste terrain d’expérimentation dans le Sud global, c’est-à-dire là où ça ne compte pas, les élites occidentales, au moment où la violence remonte vers le centre, déjà si aboutie, si entraînée, si efficace, se montrent surprises « du choc en retour ». On réagit comme si elle sortait de nulle part. « Et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie […], mais........

© Le Devoir