De Harper à Carney: le Canada entre les principes et la puissance
Lorsque Mark Carney appela les puissances moyennes à unir leurs forces, le p.-d.g. de la grande banque américaine JPMorgan Chase, Jamie Dimon, répliqua : « Elles l’ont fait. Cela s’appelle l’Europe. » L’objection touche juste sans trancher le débat. L’Europe montre à la fois le poids de l’action collective et les limites d’une puissance économique sans capacité stratégique.
Mark Carney ne propose ni de reproduire l’Union européenne ni de bâtir un bloc permanent. Sa doctrine répond à un monde où l’interdépendance devient un instrument de coercition : défendre ses principes, diversifier ses liens et réduire les dépendances qui privent Ottawa de marge de manœuvre.
Justin Trudeau rompit avec Stephen Harper dans le ton, mais non dans le cadre : ancrage occidental et politique étrangère définie par les valeurs. Ses priorités progressistes ne furent jamais intégrées à une conception de la puissance canadienne.
Mélanie Joly amorça le déplacement dès 2023 en appelant à une « diplomatie pragmatique » ouverte aux États ne partageant pas toutes les valeurs canadiennes. Sans formuler une doctrine, elle en posa l’intuition : garder les alliés proches sans fermer la porte aux États avec lesquels le Canada est en désaccord.
À Davos, le 20 janvier 2026, Mark Carney donna à cette intuition une portée stratégique. Sa formule — « si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu » — résume l’enjeu : dans l’ordre des grandes puissances, la dépendance devient vulnérabilité.
Avec le président finlandais, Alexander Stubb, il en précisa........
